L’information morcelée n’éclaire plus
Dans la presse, qu’elle soit dominante ou dite indépendante, l’article tend à devenir l’unité atomique de l’information. Un fait, un papier. Parfois, certains médias alternatifs parviennent à restituer un contexte, à proposer une analyse. Mais il reste rare que les faits soient reliés entre eux, que les pièces du puzzle soient assemblées pour former une image intelligible. L’information circule, mais elle ne fait plus sens.
Penser, c’est relier
C’est précisément pour cela que j’écris. C’est pour cela que j’ai créé LES LETTRES LIBRES. Non pour ajouter ma voix au concert des opinions, mais pour restaurer une exigence : celle de la pensée libre. Une pensée qui ne se contente pas de commenter l’actualité, mais qui cherche à comprendre ce qui la traverse. Une pensée qui refuse les raccourcis, les slogans, les réactions dictées par la peur ou l’indignation. Une pensée qui relie.
Une presse qui dérange, non qui rassure
Je ne conçois pas la presse comme un baume destiné à apaiser les angoisses collectives. Une presse digne de ce nom n’a pas vocation à rassurer. Elle doit, au contraire, déranger. Elle doit éclairer ce qui reste dans l’ombre, relier ce que l’on s’efforce de tenir à distance, formuler ce que d’autres cherchent à réduire au silence. Elle doit redonner à la parole sa densité, sa rigueur, sa portée subversive.
La fragmentation est un choix politique
L’éclatement de l’information n’est pas une conséquence inévitable de la technologie ou de la vitesse. Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’une stratégie. Celle qui consiste à disjoindre les faits pour empêcher leur mise en relation. Car une information isolée ne menace personne. Elle distrait, elle émeut, elle choque parfois, mais elle ne fait pas penser. Ce morcellement prive les citoyens de leur pouvoir critique. Il les condamne à l’impuissance intellectuelle.
Résister à l’appauvrissement du réel
À force de traiter les faits séparément, on fabrique une société incapable de relier les causes et les conséquences, les intentions et les effets, les discours et les actes. On fabrique des réflexes, non des raisonnements. On remplace la liberté par la réactivité. La réflexion par le conditionnement. Je refuse cet appauvrissement. Je revendique le droit de penser lentement, profondément, librement. Et c’est ce droit que je veux offrir à celles et ceux qui lisent LES LETTRES LIBRES.