Passer au contenu

Notre manifeste

MANIFESTE POUR UNE PRESSE DU SENS

L’INFORMATION MORCELÉE N’ÉCLAIRE PLUS

Dans la presse, qu’elle soit dominante ou dite indépendante, l’article tend à devenir l’unité atomique de l’information. Un fait, un papier. Parfois, certains médias alternatifs parviennent à restituer un contexte, à proposer une analyse. Mais il reste rare que les faits soient reliés entre eux, que les pièces du puzzle soient assemblées pour former une image intelligible. L’information circule, mais elle ne fait plus sens.

PENSER, C’EST RELIER

C’est précisément pour cela que j’écris. C’est pour cela que j’ai créé LES LETTRES LIBRES. Non pour ajouter ma voix au concert des opinions, mais pour restaurer une exigence : celle de la pensée libre. Une pensée qui ne se contente pas de commenter l’actualité, mais qui cherche à comprendre ce qui la traverse. Une pensée qui refuse les raccourcis, les slogans, les réactions dictées par la peur ou l’indignation. Une pensée qui relie.

UNE PRESSE QUI DÉRANGE, NON QUI RASSURE

Je ne conçois pas la presse comme un baume destiné à apaiser les angoisses collectives. Une presse digne de ce nom n’a pas vocation à rassurer. Elle doit, au contraire, déranger. Elle doit éclairer ce qui reste dans l’ombre, relier ce que l’on s’efforce de tenir à distance, formuler ce que d’autres cherchent à réduire au silence. Elle doit redonner à la parole sa densité, sa rigueur, sa portée subversive.
J’observe aussi, avec une inquiétude froide, la manière dont les rédactions dominantes ont troqué l’exigence intellectuelle contre une forme d’hygiène cognitive. Ce qu’elles appellent désormais « démocratie » ressemble trop souvent à une contrainte de maquette : un formatage algorithmique de la pensée, conçu pour épouser les réflexes de consommation et la fragmentation de l’attention. Le fond s’y plie à la forme, l’idée au flux, le raisonnement au défilement. Il ne s’agit plus d’élever un lecteur, mais de le capter, en réduisant progressivement son autonomie d’analyse.

LA FRAGMENTATION EST UN CHOIX POLITIQUE

L’éclatement de l’information n’est pas une conséquence inévitable de la technologie ou de la vitesse. Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’une stratégie. Celle qui consiste à disjoindre les faits pour empêcher leur mise en relation. Car une information isolée ne menace personne. Elle distrait, elle émeut, elle choque parfois, mais elle ne fait pas penser. Ce morcellement prive les citoyens de leur pouvoir critique. Il les condamne à l’impuissance intellectuelle.
À force de traiter les faits séparément, on fabrique une société incapable de relier les causes et les conséquences, les intentions et les effets, les discours et les actes. On fabrique des réflexes, non des raisonnements. On remplace la liberté par la réactivité. La réflexion par le conditionnement.

RÉSISTER À L’APPAUVRISSEMENT DU RÉEL

Je refuse cet appauvrissement. Je revendique le droit de penser lentement, profondément, librement. Et c’est ce droit que je veux offrir à celles et ceux qui lisent LES LETTRES LIBRES.
Voilà pourquoi LES LETTRES LIBRES est nécessaire. Parce que ce média refuse l’injonction au court, au lisse, au consensuel. J’y restaure une véritable hospitalité du sens. J’y réhabilite la profondeur du raisonnement, l’épaisseur du style, le droit au silence entre deux phrases. C’est un acte de résistance. Authentique. Intransigeant.

MA RÉVOLTE, MON LEGS AU MONDE

Comment je contribue au monde ? Par les lettres, ces petits signes qui s’assemblent en mots. Non la littérature au sens étroit, mais les briques mêmes du langage. Ces lettres enfantent des phrases, des récits, des passions, des idées, des vérités nues, des critiques acérées, des enquêtes profondes.
Mais les lettres ne sont pas de simples outils. Elles sont des matrices. Elles contiennent en germe les formes mêmes de la pensée. Altérer la langue, c’est altérer la capacité de comprendre, de nommer, de distinguer. Appauvrir le vocabulaire, c’est rétrécir le réel. À l’inverse, retrouver la précision des mots, leur histoire, leur tension interne, c’est rouvrir des espaces de lucidité.
Si elles ont le pouvoir de redessiner le monde et de préserver la liberté d’expression, c’est qu’elles vibrent d’une beauté libre. Loin de l’avilissement de la langue au nom de la massification ou d’une sécurité factice, elles puisent leur force dans la reconquête du sens, dans l’histoire des mots, dans leur étymologie vive.

Jacques Attali, le 26 février 2025, publiait sur son blog un texte intitulé « Double dictature », dans lequel il osait son prêche : une Europe sanctifiée par une liberté corsetée, née, selon lui, d’un excès conjugué de liberté économique et de liberté de parole. Cette intervention n’est pas anodine. Elle révèle une tentation profonde de notre époque : faire passer la restriction pour une protection, la contrainte pour une garantie. Sous ses airs de Cassandre, il maquille une apologie de la bride, méprisant la puissance brute de l’expression. Il oppose une liberté sauvage à une liberté policée. Je rejette ce miroir aux alouettes. La liberté ne se négocie pas sous les chaînes de la loi ; elle s’arrache dans la clarté des idées, dans la chair vive des mots.

« Un peuple sans lettres est un peuple qui se meurt. » Victor Hugo

Nous vacillons. Albert Camus, dans L’Homme révolté, le disait :

« Je me révolte, donc nous sommes. »

Mais en 2026, la révolte s’étouffe sous le poids d’un monde qui nous absorbe. Michel Foucault l’avait annoncé : le pouvoir ne s’impose plus par la force, mais par la norme, insidieuse, qui nous plie à l’infini. Attali en propose ici une version rationalisée : une liberté encadrée jusqu’à devenir inoffensive.

Ma contribution ? Déchirer ces voiles, rendre aux mots leur tranchant. Voltaire raillait déjà les tyrans qui se parent de vertu :

« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. »

Aujourd’hui, ces absurdités prolifèrent : récits standardisés, formules vides, vérités préfabriquées. Je réarme le langage face aux dispositifs d’une modernité qui nous transforme en consommateurs de discours prêts à l’emploi.

L’URGENCE DU SENS

C’est là que réside l’urgence. Car la pensée fragmentée fait désormais partie du problème. On ne lit plus pour comprendre, on picore pour réagir. L’opinion supplante la connaissance, l’émotion écrase l’argument. D’où l’importance cruciale d’une presse véritablement indépendante, capable non seulement de restituer les faits, mais de les relier avec rigueur et lucidité afin d’en dévoiler les logiques profondes, souvent dissimulées derrière des paravents technocratiques ou moralisateurs. Une presse qui ne se contente pas de commenter l’écume des choses, mais qui tisse patiemment les liens entre les décisions politiques, les récits médiatiques et les renoncements démocratiques.

Ici, la pensée ne s’arrête pas à 600 mots. Et c’est précisément cela, la liberté.

L’ORDRE DU SENS CONTRE LE CHAOS

Je prends les lettres. Elles tissent des vérités, des combats, des rêves. Elles redessinent Liberté et Démocratie comme des flammes à raviver. Maîtriser sa langue maternelle, c’est reprendre le gouvernail de sa pensée, refuser la langue mutilée. George Washington avertissait :

« Un pouvoir arbitraire est très facilement établi sur les ruines d’une liberté malmenée par le désordre. »

Je bâtis l’ordre du sens contre ce chaos.
Mes lettres libres sont mon offrande au monde. Elles sont ma révolte, mon souffle, mon empreinte. Comme l’écrivait Michel Scouarnec :

« Il ne restera de toi que ce que tu as donné. »

Je donne des mots pour rallumer les esprits.
LES LETTRES LIBRES, pour la liberté des voix, la légalité des lois et la loyauté des choix.

Merci d’être là.
Ce média n’a pas de financeur.
Il existe par ses lecteurs. Vous.

S'abonner

Anne Emmanuelle Lejeune Fondatrice, LES LETTRES LIBRES