NOTRE MANIFESTE
LES LETTRES LIBRES : ma révolte, mon legs au monde
Comment je contribue au monde ? Par les lettres, ces petits signes qui s’assemblent en mots. Non,la littérature au sens étroit, mais les briques mêmes du langage. Ces lettres enfantent des phrases,des récits, des passions, des idées, des vérités nues, des critiques acérées, des enquêtes profondes.Si elles ont le pouvoir de redessiner le monde et de préserver la liberté d’expression, c’estqu’elles vibrent d’une beauté libre. Loin de l’avilissement de la langue au nom de lamassification ou d’une sécurité factice, elles puisent leur force dans la reconquête du sens, dansl’histoire des mots, dans leur étymologie vive.
Jacques Attali, le 26 février 2025, osait son prêche : une « double dictature » née de la libertééconomique et de la liberté de parole, et une Europe sanctifiée par une liberté corsetée. Quelleruse ! Sous ses airs de Cassandre, il maquille une apologie de la bride, méprisant la puissancebrute de l’expression. Il oppose une liberté sauvage à une liberté policée. Je rejette ce miroir auxalouettes. La liberté ne se négocie pas sous les chaînes de la loi ; elle s’arrache dans la clarté desidées, dans la chair vive des mots. « Un peuple sans lettres est un peuple qui se meurt », lançaitVictor Hugo. Moi, je veux le ressusciter.
Nous vacillons. Albert Camus, dans L’Homme révolté, le disait : « Je me révolte, donc noussommes. » Mais en 2025, la révolte s’étouffe sous le poids d’un monde qui nous dévore. MichelFoucault l’avait annoncé : le pouvoir ne s’impose plus par la force, mais par la norme, insidieuse,qui nous plie à l’infini. Attali, lui, bénit cette norme sous le masque d’une liberté prétendumentgarantie, un leurre qui muselle au nom du bien commun.
Ma contribution ? Déchirer ces voiles, rendre aux mots leur tranchant. Voltaire raillait déjà lestyrans qui se parent de vertu : « Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vousfaire commettre des atrocités. » Aujourd’hui, ces absurdités pullulent : fake news, slogans creux,vérités préfabriquées. Je réarme le langage face aux fers d’une modernité qui fait de nous desavaleurs de doxa.
J’observe aussi, avec une inquiétude froide, la manière dont les rédactions dominantes ont troquél’exigence intellectuelle contre une forme d’hygiène cognitive. Ce qu’elles appellent désormais« démocratie » ressemble trop souvent à une contrainte de maquette : un formatage algorithmiquede la pensée, censé garantir la lisibilité, autrement dit la compatibilité avec la distraction
numérique. Le fond s’y plie à la forme, l’idée au flux, le raisonnement au défilement. Il ne s’agitplus d’élever un lecteur, mais de le retenir, en comprimant sa capacité analytique.
C’est là que réside l’urgence. Car la pensée fragmentée fait désormais partie du problème. On nelit plus pour comprendre, on picore pour réagir. L’opinion supplante la connaissance, l’émotionécrase l’argument. D’où l’importance cruciale d’une presse véritablement indépendante, capablenon seulement de restituer les faits, mais de les relier avec rigueur et lucidité afin d’en dévoilerles logiques profondes, souvent dissimulées derrière des paravents technocratiques oumoralisateurs. Une presse qui ne se contente pas de commenter l’écume des choses, mais qui tissepatiemment les liens entre les décisions politiques, les récits médiatiques et les renoncementsdémocratiques.
Voilà pourquoi LES LETTRES LIBRES est nécessaire. Parce que ce média refuse l’injonctionau court, au lisse, au consensuel. J’y restaure une véritable hospitalité du sens. J’y réhabilite laprofondeur du raisonnement, l’épaisseur du style, le droit au silence entre deux phrases. C’est unacte de résistance. Authentique. Intransigeant.
Ici, la pensée ne s’arrête pas à six cents mots. Et c’est précisément cela, la liberté.
Je prends les lettres. Elles tissent des vérités, des combats, des rêves. Elles redessinent Liberté etDémocratie comme des flammes à raviver. Maîtriser sa langue maternelle, c’est reprendre legouvernail de sa pensée, refuser la langue mutilée. « Un pouvoir arbitraire est très facilementétabli sur les ruines d’une liberté malmenée par le désordre », avertissait George Washington. Jebâtis l’ordre du sens contre ce chaos.
Mes lettres libres sont mon offrande au monde. Elles sont ma révolte, mon souffle, monempreinte. Comme l’écrivait Michel Scouarnec : « Il ne restera de toi que ce que tu as donné. » Jedonne des mots pour rallumer les esprits.
LES LETTRES LIBRES, pour la liberté des voix, la légalité des lois et la loyauté des choix.
Merci d’être là.
Ce média n’a pas de financeur.
Il a des lecteurs. Vous.
Anne Emmanuelle Lejeune
Fondatrice, LES LETTRES LIBRES

