Passer au contenu

GOUVERNÉS PAR LES MÉDIOCRES, MANIPULÉS PAR LES PERVERS : LA DOUBLE SPIRALE DU DÉCLIN

Une mécanique discrète installe au pouvoir médiocres et pervers, favorisée par le principe de Peter et une manipulation du langage. Derrière les apparences bienveillantes se cache un système de domination qui transforme les vertus en instruments de contrôle.

Masque vénitien posé sur une table avec paillettes dispersées, symbolisant la pathocratie, la manipulation et le mimétisme moral dans les structures de pouvoir
Sous le masque des discours vertueux, une mécanique silencieuse s’installe, où la médiocrité protège et où la manipulation prospère. Ce que nous prenons pour de la normalité pourrait bien être une stratégie.

LA PATHOCRATIE OU L’ART DE GOUVERNER SANS SCRUPULE

Dans L’Homme et la Cité, Volume II, Stanislas Berton introduit une notion glaçante, mais terriblement actuelle : la pathocratie. Cette forme de gouvernement ne repose ni sur une idéologie clairement énoncée ni sur la violence nue. Elle prospère dans les interstices du politique, dans l’ombre des apparences démocratiques. Elle installe au pouvoir des êtres dépourvus d’empathie, calculateurs, capables de mimétisme moral, mais imperméables à l’éthique. Ce pouvoir, insidieux, avance masqué : il ne s’impose pas, il s’infiltre.

J’y vois un danger d’autant plus grand que cette prise de pouvoir s’exerce sur des sociétés abreuvées de slogans positivistes et de discours bienveillants. L’individu moderne, formé à suspecter la brutalité, mais non la duplicité, se montre désarmé face aux figures de pouvoir séduisantes, faussement inclusives, expertement calibrées. Nous ne croyons pas au mal radical parce qu’il ne nous ressemble pas et c’est précisément ce que ces gouvernants exploitent.

Le génie du pathocrate n’est pas dans le charisme, mais dans l’hermétisme moral : il sait que plus son cynisme est grand, plus il sera jugé impensable. Comme l’écrivait Hannah Arendt à propos d’Eichmann, c’est dans la banalité du mal que se niche le scandale.

LE PRINCIPE DE PETER : L’ASCENSION DES INCAPABLES

À cette emprise pathologique s’ajoute une mécanique plus triviale, mais non moins destructrice : celle décrite par Laurence J. Peter en 1969. Selon son principe, tout salarié tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. L’intuition est limpide : dans les organisations hiérarchiques, la promotion ne repose pas sur la capacité à remplir la fonction future, mais sur l’efficacité dans la fonction présente, jusqu’au point de rupture.

Transposée aux sphères de pouvoir, cette logique favorise l’émergence d’une caste de médiocres : suffisamment compétents pour durer, mais trop limités pour déranger. Pire : ces médiocres ne se contentent pas de stagner, ils se reproduisent. Ils s’entourent de semblables pour protéger leur statut et évacuer toute exigence de dépassement. La médiocrité devient système, la mollesse devient la norme, et l’inertie collective, une stratégie de survie.

Les pervers, eux, savent se glisser dans cette brèche. Ils simulent la docilité, imitent la moyenne, jouent de la fausse modestie pour se faire accepter des médiocres, puis prennent le contrôle. L’élite devient ainsi une élite inversée, non plus par le mérite, mais par la capacité à dissimuler, à manipuler, à survivre sans éclat. C’est la version postmoderne de La Ferme des animaux : tous les incompétents sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.

L’EXIGENCE D’EXEMPLARITÉ PARLEMENTAIRE

Les scandales à répétition qui frappent la vie publique (usage de drogues, détournement de fonds, comportements empreints de mépris) ne sauraient être banalisés sous prétexte que les élus seraient « comme tout le monde ». Assimiler leurs dérives à celles de simples citoyens revient à nier la responsabilité particulière qui incombe à ceux qui exercent un mandat au nom de la nation. La démocratie repose sur la confiance, et celle-ci exige des représentants irréprochables. Tolérer de tels manquements, c’est affaiblir l’institution elle-même et nourrir la défiance généralisée. La fonction parlementaire n’autorise pas l’indulgence molle, mais impose probité, intégrité et exemplarité.