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À L’HEURE OÙ LES PRÉDATEURS DANSENT : POUVOIR, TECHNOLOGIE ET RÉSISTANCE

Une nouvelle caste de dirigeants instrumentalise le chaos et l’algorithme pour asseoir sa domination. Face à la lecture saisissante de Giuliano da Empoli et au pragmatisme de Henry Farrell, une conviction se dessine : ce n’est pas l’heure des prédateurs, c’est celle des défenseurs.

Lion à la crinière imposante illustrant le pouvoir prédateur, la domination technologique et les nouvelles formes de contrôle algorithmique contemporaines.
Le prédateur contemporain ne porte plus nécessairement l’uniforme du tyran. Il avance aussi sous les traits lisses de la technologie, du chaos organisé et de la domination algorithmique silencieuse.

LA FRESQUE INQUIÉTANTE D’UN MONDE EN MUTATION

L’Heure des prédateurs de Giuliano da Empoli, publié en avril 2025 chez Gallimard, dépeint l’émergence d’une nouvelle caste de dirigeants mondiaux qui redéfinissent les règles du pouvoir contemporain. L’auteur, déjà reconnu pour Le Mage du Kremlin, adopte ici la posture d’un « scribe aztèque », observateur d’un monde où l’image prime sur le concept. Cette approche originale lui permet de brosser un portrait saisissant de figures telles que Donald Trump, Mohammed ben Salmane ou Elon Musk, qu’il qualifie de « borgiens » en référence au modèle du Prince de Machiavel.

Ces nouveaux maîtres partagent une vision commune : le rejet des règles contraignantes et l’utilisation du chaos comme instrument de domination. L’essai met en lumière comment l’intelligence artificielle et les algorithmes sont devenus, entre leurs mains, des outils de contrôle redoutables. Da Empoli souligne avec inquiétude que les démocraties occidentales, face à ces conquistadors modernes, se sont comportées comme les Aztèques du XVIe siècle : sidérées, hésitantes, croyant naïvement pouvoir amadouer ces prédateurs par la docilité.

Son style élégant et incisif offre une lecture captivante, où observations directes et réflexions profondes s’entremêlent pour dresser un tableau sombre, mais lucide des transformations du pouvoir à l’ère numérique.

SEPT LEÇONS POUR COMPRENDRE NOTRE ÉPOQUE

Dans sa lecture pénétrante de l’ouvrage, le Capitaine Nicolas Brault en extrait sept enseignements cruciaux. Premièrement, nous traversons non pas une crise passagère, mais un véritable changement d’époque, comparable à la Révolution française dont parlait Joseph de Maistre. Deuxièmement, le chaos n’est plus l’arme des rebelles, mais celle des puissants : les paradigmes traditionnels de la contestation sont renversés.

Troisième constat : l’attaque coûte désormais moins cher que la défense, ce qui bouleverse les équilibres militaires et géopolitiques. Quatrièmement, ce retour des prédateurs constitue moins une anomalie qu’un retour à la norme historique, l’exception ayant été cette brève période où l’on crut pouvoir encadrer le pouvoir par le droit. Cinquièmement, la fenêtre d’opportunité pour un ordre mondial fondé sur des règles paraît s’être refermée.