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SOUS LA SURFACE : GUERRE DES RÉCITS, BATAILLES MARITIMES ET VÉRITÉ ENGLOUTIE

Câbles sous-marins, flottes autonomes, IA de détection : sous la surface des océans se joue une guerre invisible pour le contrôle des infrastructures mondiales. Entre Chine, États-Unis et Europe, la mer révèle les rapports de force du XXIᵉ siècle.

Plongeur sous-marin dans une eau turquoise illustrant les enjeux des océans, de la surveillance maritime, des infrastructures sous-marines et de la géopolitique mondiale
Sous la surface se jouent les affrontements les plus décisifs de notre époque. Ressources, surveillance, câbles sous-marins et récits concurrents transforment les océans en théâtre stratégique mondial.

Tandis que les projecteurs se braquent sur les tensions terrestres, une guerre silencieuse se déploie sous et sur les océans. Derrière les discours écologiques et les démonstrations de force navales se dessine une nouvelle cartographie du pouvoir mondial, où la maîtrise des infrastructures invisibles, des technologies de surveillance et des récits climatiques déterminera l’équilibre géopolitique du XXIe siècle. Enquête sur ce théâtre liquide où se joue notre avenir.

UN THÉÂTRE LIQUIDE SOUS HAUTE TENSION

Les océans ne sont plus perçus comme des espaces inaccessibles à la logique humaine. Ils sont devenus des scènes de conflits où se mêlent ambitions territoriales, convoitises minières, rivalités militaires et manipulations climatiques. Les contradictions y sont flagrantes : alors que l’on appelle à protéger les biens communs, des stratégies d’accaparement se mettent en place ; les discours écologiques masquent des logiques de prédation.

Autrefois simples voies de navigation pour les marchandises mondiales, les mers sont devenues des infrastructures stratégiques. Les routes maritimes, notamment celles de l’Arctique et de l’Indo-Pacifique, sont de plus en plus surveillées, et les ports comme Djibouti, Singapour ou Mourmansk se transforment en centres névralgiques des rivalités mondiales. Les fonds marins, eux, sont désormais perçus comme des ressources à exploiter. Ce n’est plus un secret : derrière l’urgence écologique et la transition énergétique se cache une compétition féroce pour les ressources minières profondes, indispensables à l’industrie numérique, des batteries et des armements dits « verts ».

LES DEUX GÉNÉALOGIES DE LA PUISSANCE MARITIME

À la fin du XIXe siècle, Alfred Thayer Mahan et Julian Corbett ont posé les deux cadres intellectuels qui structurent encore l’imaginaire stratégique des mers. Mahan, officier américain, voyait dans la mer un espace de domination et de concentration militaire où la bataille décisive devait écraser l’adversaire et garantir les routes commerciales, nourrissant ainsi la puissance des nations. Corbett, juriste britannique devenu stratège, défendait une tout autre conception. Selon lui, la maîtrise de la mer ne s’exerce jamais de manière absolue. La bataille n’est qu’un élément parmi d’autres d’une stratégie où importent surtout les communications, la capacité d’une flotte à peser sans combattre et l’articulation constante entre opérations terrestres et maritimes. L’un privilégie le choc, l’autre l’équilibre politique. La question de savoir qui avait raison conduit moins à trancher qu’à reconnaître que ces deux visions saisissent les forces contraires qui travaillent encore nos océans. La mer est un lieu de puissance autant qu’un espace d’effets politiques différés. Cette dualité, loin d’être théorique, structure la compétition contemporaine pour les infrastructures, les zones d’influence et les récits climatiques qui façonnent désormais l’ordre maritime mondial.

PUISSANCE VISIBLE ET PUISSANCE OCCULTE : NAVIRES DE GUERRE ET IN-Q-TEL

D’après l’article récemment publié par The War Zone le 20 août 2025, le président américain Donald Trump a ordonné le déploiement d’une imposante flottille de navires de guerre, d’un sous-marin et d’unités amphibies au large du Venezuela. Cette manœuvre intervient dans le cadre d’une stratégie plus large consistant à impliquer directement les forces militaires dans la lutte contre les trafiquants de stupéfiants, en ciblant notamment le président vénézuélien, que l’administration américaine qualifie de « narco-terroriste ». Parallèlement, les informations rapportées par The Wall Street Journal le 21 août 2025 indiquent que trois destroyers lance-missiles guidés (l’USS Jason Dunham, l’USS Sampson et l’USS Gravely) ont été envoyés au large de l’Amérique du Sud, notamment en provenance de la côte vénézuélienne. Leur mission consiste à intercepter les flux de drogue, une responsabilité jusque-là réservée à la Garde côtière américaine. Associated Press confirmait dès le 19 août ce mouvement, précisant que les navires Aegis étaient en approche et que cette initiative s’inscrivait dans une offensive militaire plus intense contre les cartels latino-américains, accusés d’être à l’origine de la crise des opioïdes et de la violence dans certaines villes américaines. Le Times of India ajoutait qu’un groupe amphibie avait également été déployé dans le sud de la mer des Caraïbes dans le cadre de cet effort, trois navires de guerre étant attendus au large du Venezuela d’ici la fin de semaine. Ces mesures s’ajoutent à une mobilisation massive annoncée par Nicolas Maduro : plus de 4,5 millions de miliciens seraient désormais mobilisés à travers le pays.

En résumé, ces différents reportages montrent que l’administration américaine a fortement intensifié ses opérations navales autour du Venezuela, déployant destroyers, unités amphibies et, selon certaines sources, des sous-marins et avions de patrouille maritime. L’objectif affiché est de contrer les cartels de la drogue et de placer la lutte contre le trafic illicite sous une forme de contrôle militaire renforcé, élevant ainsi la stratégie de sécurité bien au-delà du simple appui à la Garde côtière. Cette démonstration de force militaire, si visible, doit être replacée dans un cadre plus large, où d’autres instruments, plus discrets, façonnent l’équilibre stratégique. L’action d’In-Q-Tel, créée par la CIA pour orienter l’innovation privée vers la sécurité nationale, en constitue un exemple. En 25 ans, cette organisation a investi dans plus de 750 start-ups opérant dans des domaines clés, de l’intelligence artificielle à l’informatique quantique, des biosciences aux technologies spatiales. Son modèle repose sur un triptyque précis : repérer les entreprises émergentes, évaluer leur adéquation avec les besoins des agences partenaires, puis faciliter leur adaptation pour un usage opérationnel. Les institutions avec lesquelles elle collabore couvrent l’ensemble du spectre de la puissance américaine (CIA, NSA, FBI, département de la Sécurité intérieure, US Cyber Command, Office of Naval Research, Space Force) ainsi que certains alliés stratégiques comme le Royaume-Uni et l’Australie. Par ce biais, IQT façonne discrètement la souveraineté numérique en amont, non pas dans les arsenaux visibles ou les chantiers navals, mais dans le financement initial des technologies qui, une décennie plus tard, deviennent indispensables aux marines, aux satellites, aux réseaux câblés ou aux systèmes de surveillance planétaire.

Procès Musk Altman, OpenAI face au droit
Le procès Musk contre Altman met à l’épreuve la transformation d’OpenAI et la promesse fondatrice d’une IA au service de l’humanité. Documents internes, restructuration et enjeux géopolitiques révèlent une mutation qui dépasse le simple conflit entre dirigeants.

MINER LES OCÉANS, MINER LES DROITS

L’exploitation des fonds marins, longtemps jugée irréaliste, devient progressivement une ambition industrielle. De nouvelles technologies permettent des progrès décisifs : drones autonomes, bras mécaniques capables de récolter les nodules polymétalliques au fond des mers, plateformes semi-submersibles opérant dans les profondeurs. Bien que coûteuse, cette exploration suscite un intérêt croissant, notamment pour se détacher de la dépendance vis-à-vis des terres rares chinoises.

L’Autorité internationale des fonds marins, censée réguler cette activité, semble souvent n’être qu’une instance de validation des concessions. Ce qui paraît être une régulation neutre masque en réalité des luttes de souveraineté et des pratiques de prédation. Les résistances, qu’elles viennent des ONG ou des États insulaires, sont écartées sous prétexte de réalisme économique. L’argument écologique est devenu la justification d’une exploitation que l’on considère désormais comme inévitable.

L’aspect le plus inquiétant est l’ignorance des écosystèmes des grands fonds marins. Là où l’on pourrait s’inquiéter des destructions écologiques, c’est une forme de cécité qui semble s’imposer. L’idée même de l’épuisement de ces milieux est rendue inaudible pour mieux justifier l’exploitation. Le récit dominant est sans place pour le doute : il faut creuser, extraire, modifier la mer en mine, au nom du climat. C’est une logique qui fait primer le court terme sur la préservation de l’environnement, tout en se drapant dans l’habit de la durabilité.

GUERRE SOUS-MARINE ET SURVEILLANCE TECHNOLOGIQUE

Les océans, désormais au cœur des enjeux géopolitiques, sont également le théâtre de nouvelles guerres silencieuses où l’intelligence artificielle (IA) joue un rôle crucial. La guerre sous-marine, autrefois centrée sur l’usage des sonars, connaît une évolution radicale avec l’introduction de technologies autonomes. L’IA permet désormais aux marines de suivre et neutraliser les menaces sous-marines avec une précision accrue.

Des projets comme le CABOT au Royaume-Uni, qui déploie des véhicules sous-marins autonomes (UUV) et des navires sans équipage (ASV), en sont des exemples significatifs. Ces technologies permettent une surveillance continue, réduisent les coûts et diminuent la dépendance aux équipages humains. Cependant, elles posent des questions sur la cybersécurité et leur intégration dans les structures de commandement. Cette révolution technologique redéfinit les stratégies sous-marines et redessine la manière dont les menaces sont identifiées dans un environnement maritime toujours plus disputé.

DE L’ALGORITHME AU RÉCIT : QUAND L’IA REDÉFINIT LA SOUVERAINETÉ
Sous des atours techniques, l’IA façonne des normes invisibles et s’étend jusqu’aux infrastructures vitales. Pendant que l’Europe régule sans incarner, le paradigme Absolute Zero promet un raisonnement sans mémoire humaine. L’infrastructure devient pouvoir : le silence narratif est un renoncement.

UN OCÉAN DEVENU TRANSPARENT

Les récentes recherches de l’équipe de Meng Hao, à l’Institut chinois de recherche sur les hélicoptères, marquent une rupture décisive. Leur système d’intelligence artificielle parvient à détecter les sous-marins avec une précision estimée à 95 %, réduisant de fait leurs chances de survie à un simple 5 %. Là où l’opacité océanique constituait la meilleure garantie des flottes nucléaires, cette technologie instaure une transparence radicale, fruit d’une fusion en temps réel de données hétérogènes : sonars, radars, variations de température, salinité, anomalies magnétiques. L’algorithme, en recomposant ces signaux en représentations perceptibles, agit comme un commandant virtuel, offrant aux forces navales une vision augmentée qui excède largement les capacités humaines. Cette innovation déstabilise l’équilibre stratégique établi depuis des décennies, interrogeant la pertinence même des doctrines fondées sur la dissuasion sous-marine.