III. LES VOIX DISSIDENTES : SCIENCE ET TERRAIN (SUITE)
Le 17 avril 2026, une opération de vaccination forcée a été menée à la ferme de Christelle Record malgré le rejet de son référé-liberté par le tribunal administratif de Toulouse la veille. Plus d’une centaine de gendarmes ont été mobilisés pour 30 bovins. Deux vétérinaires du Zoo African Safari de Plaisance-du-Touch ont procédé aux injections à l’aide de fusils hypodermiques et d’un matériel d’anesthésie conçu pour la faune sauvage, alors même que les animaux étaient parqués et accessibles. Des veaux nouveau-nés ont également été vaccinés, en dépit des conclusions de l’ANSES sur l’incapacité du système immunitaire immature à développer une réponse protectrice. La sous-préfète Sophie Pauzat, qui avait déclaré en février que « l’État sera au soutien des agriculteurs », supervisait l’intervention. Lors de l’audience, elle aurait invoqué la résurgence de la DNC en Sardaigne pour justifier l’urgence, affirmant que les cas provenaient d’animaux non vaccinés, alors que le communiqué officiel du ministère italien de la Santé précisait le même jour que le foyer de Muravera concernait des veaux nés de mères vaccinées. Profondément marquée par les moyens déployés, Christelle Record a annoncé son intention de mettre fin à son activité d’éleveuse.
À Mirepoix, Yann de Kerimel, éleveur bio de 130 hectares dont le troupeau d’Aubrac en plein air intégral ne nécessite qu’une visite vétérinaire par an, a lui aussi subi la vaccination forcée. Après avoir épluché les documents de l’ANSES, de l’OMSA et les règlements européens, il conteste le fondement même de l’opération : l’article 6 impose une enquête épidémiologique avant toute mesure restrictive, enquête qui n’aurait jamais été réalisée. Il rappelle qu’un rapport de l’ANSES de 2017 demandait la création d’un vaccin DIVA permettant de distinguer animaux vaccinés et infectés, demande restée lettre morte. Sa demande d’une lettre de décharge a été refusée par l’administration. La contradiction sur la Sardaigne se précise : le document du ministère italien de la Santé attestant que les veaux touchés à Muravera étaient issus de mères vaccinées était signé le 16 avril à 8 h 14, soit plusieurs heures avant l’audience où la sous-préfète Pauzat aurait affirmé le contraire au tribunal administratif. Avec Me Protat, il prépare des actions judiciaires contre les ministres de l’Agriculture successifs depuis 2017 et contre le CNOPsav.

Dans la Loire, Virginie Dalléry, éleveuse à Neulise ayant refusé la vaccination, a subi le 23 mars 2026 une intervention de gendarmes accompagnant des vétérinaires sanitaires qui ont vacciné quatre de ses veaux âgés de trois semaines à trois mois avant qu’elle ne s’en aperçoive. Les vétérinaires auraient refusé de remplir le carnet sanitaire, en violation de l’article L234-1 du Code rural qui impose à tout vétérinaire de mentionner ses interventions dans le registre d’élevage.
En Ariège, Kyria et Emmanuel Gay, éleveurs à la Ferme de Gaya et propriétaires d’un restaurant fermier à Montjoie-en-Couserans, refusent également la vaccination de leurs vaches Galloway au nom de l’immunité naturelle construite par leur modèle agronomique. Kyria Gay affirme que les comptes bancaires de son restaurant auraient été saisis par l’URSSAF, alors que l’exploitation dépend de la MSA en tant que restaurant fermier. Elle y voit « un ordre venu de très haut » destiné à faire plier les éleveurs récalcitrants.
Sur les réseaux sociaux, la réponse à ces témoignages se veut factuelle alors qu’elle est remplie de mépris, de jubilation, d’ironie mordante qui moquent les larmes des défenseurs de la Vache qui pleure, ceux-là mêmes qui ont la science non dogmatique avec eux. La différence tient à ce que cette hostilité, conforme à la doxa, n’encourt aucune sanction algorithmique.
IV. LE TERRAIN : RÉSISTANCE ET RÉPRESSION
Les images venues d’Ariège en décembre 2025 ont sidéré l’opinion. Des véhicules blindés déployés autour d’une ferme. Des gaz lacrymogènes tirés sur des éleveurs et leurs soutiens, y compris des personnes âgées. Des grenades de désencerclement. Des blessés. Des malaises. Une progression nocturne des forces de l’ordre vers l’exploitation, à l’écart des caméras. Et puis cette séquence singulière : des gendarmes déposant casque et bouclier face à des agriculteurs à genoux, chantant et appelant à l’apaisement, avant que la tension ne reprenne.
Selon les témoignages recueillis, sept gendarmes auraient refusé de participer à l’opération d’abattage sur le site de la ferme de Les Bordes-sur-Arize. Ce geste de désobéissance a été interprété par certains comme un acte de conscience morale, par d’autres comme un signe de la fracture qui traverse désormais les institutions elles-mêmes. Une pétition a été lancée pour leur soutien, portée par d’anciens militaires, gendarmes et policiers à la retraite.
Les vétérinaires sont également au cœur de la tourmente. Kyria Gay, figure de la contestation, affirme que 70 d’entre eux auraient refusé de procéder aux abattages et auraient été radiés de l’Ordre professionnel. Ce chiffre, difficile à vérifier, circule largement sur les réseaux et alimente le récit d’une profession déchirée entre devoir d’obéissance et exigence éthique.
Les conditions dans lesquelles les opérations se déroulent suscitent des accusations de maltraitance animale. Des bovins auraient été exposés aux gaz lacrymogènes dans les étables. Des carcasses auraient été stockées plus de 70 heures dans des camions en attente d’équarrissage, favorisant la prolifération bactérienne. Ces mêmes camions auraient ensuite traversé la France pour être incinérés dans le nord du pays, alors même que le transport d’animaux vivants est interdit au nom du risque sanitaire. L’incohérence est relevée par de nombreux observateurs.
Le coût de ces démonstrations de force interroge. Pierre Chaillot estime à environ 60 000 euros la facture d’une seule journée d’intervention : 120 gendarmes mobilisés, une trentaine de véhicules, un hélicoptère de surveillance. Ce montant dépasse la valeur marchande du troupeau qu’il s’agissait de vacciner. Par ailleurs, l’accumulation des protocoles vaccinaux chez les bovins a considérablement alourdi la charge sanitaire : six injections par animal avant 2008, dix à quinze aujourd’hui dans les zones à risque, entre la fièvre catarrhale ovine, la maladie hémorragique épizootique, la DNC, la rhinotrachéite infectieuse et la diarrhée virale bovine.