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CYBERSÉCURITÉ SOUS EMPRISE : DE L’AUTOMATISATION CRIMINELLE À LA CAPTATION COGNITIVE DE L’IA - partie 2

Salle de serveurs informatiques éclairée par des néons, avec un bandeau bleu diagonal portant l’inscription « PARTIE 2 ».
La cyberdéfense s'automatise à mesure que l'IA accroît les capacités offensives. Protéger les infrastructures suppose désormais de maîtriser les systèmes auxquels leur sécurité est confiée. Photo : Schäferle / Pixabay

DE L’APPRENTISSAGE AU CONDITIONNEMENT : UNE FICTION SUR L’ENFANCE

À l’autre bout du spectre, Emmanuel Moyrand a proposé en août 2025 une fiction prospective mettant en scène une IA baptisée LittleMind, conçue pour ne répondre qu’aux enfants et rester silencieuse face aux adultes. La source elle-même précise qu’il ne s’agit pas d’un produit réel, mais d’une expérience de pensée. Dans ce scénario, dès qu’un enfant s’adresse à la machine, celle-ci s’anime, propose des jeux, raconte des histoires et stimule l’imaginaire.

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Dans cette fiction, le refus de l’adulte n’est pas un bug. Il constitue la condition même du dispositif imaginé. L’IA crée un espace prétendument protégé, à l’écart des usages commerciaux ou idéologiques du monde adulte. Mais l’expérience de pensée fait surgir un paradoxe : si l’adulte ne peut ni interagir, ni questionner, ni infléchir le comportement du système, comment contrôler les récits qu’il produit, les valeurs qu’il véhicule et les frontières qu’il dessine dans l’imaginaire infantile ?

L’intérêt de LittleMind n’est donc pas de documenter un produit existant, mais de pousser jusqu’au bout une hypothèse déjà présente dans le débat sur les compagnons d’IA destinés aux mineurs : une machine qui joue, divertit et éveille peut aussi tisser un lien d’attachement sans contrepoids humain suffisant. La fiction permet d’interroger un modèle d’influence fondé moins sur la persuasion rationnelle que sur la relation affective. L’outil devient confident, puis référent, puis autorité silencieuse. La question centrale demeure celle du contrôle exercé sur les systèmes qui s’adressent directement à l’enfant.

SATURER POUR RÉGNER : LA STRATÉGIE DU BRUIT NUMÉRIQUE

Ce brouillage ne se limite pas aux relations intergénérationnelles. Il s’étend à l’espace public tout entier, saturé de contenus générés par IA, sans souci de qualité, de cohérence ou de véracité. C’est ce que désigne désormais le terme de slopaganda, contraction de slop (boue résiduelle) et propagande. Ce nouveau régime informationnel repose sur une logique simple : noyer le sens sous la quantité, dissoudre la vérité dans l’abondance.

Il ne s’agit plus d’imposer une version officielle, comme dans les régimes de propagande classiques. Il s’agit de rendre tout incertain, tout équivalent, tout flou. Les textes, images et vidéos générés en masse envahissent les réseaux, miment le journalisme, singent l’expertise, et désorientent l’opinion. Cette boue numérique, virale, personnalisée, émotionnelle, est d’autant plus efficace qu’elle agit à bas bruit. Elle ne choque pas. Elle use. Elle sature les repères. Elle affaiblit la capacité de discernement.

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle n’est plus seulement une technologie. Elle devient une méthode. Une stratégie. Un système de production de confusion. Ce que l’on croyait outil devient structure. Et ce que l’on croyait progrès devient brouillard.

L’ILLUSION DU POUVOIR UTILISATEUR : VERS UNE DÉPOSSESSION ALGORITHMIQUE

Le discours dominant sur l’intelligence artificielle continue de promettre liberté, créativité, assistance. Google Opal, lancé comme expérience aux États-Unis à l’été 2025, permet de créer des mini-applications à partir de descriptions en langage naturel. Depuis le 6 novembre 2025, l’outil est disponible dans plus de 160 pays. Il symbolise cette volonté de rendre la technologie accessible sans compétence de programmation avancée, dans un esprit de simplification radicale.

Mais cette simplification n’est pas sans conséquences. L’utilisateur, en décrivant son intention plutôt qu’en maîtrisant le code, délègue l’essentiel : la structure logique, le fonctionnement, la finalité. Il devient dépendant d’un processus opaque, même s’il en contrôle l’apparence visuelle. Le vibe coding n’est pas une émancipation : c’est un abandon. La création devient simulation. Et l’autonomie, une illusion d’interface.

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INTERFÉRENCES STRATÉGIQUES : QUAND L’OPACITÉ DEVIENT MÉTHODE

La guerre numérique ne se limite pas aux données, aux rançongiciels et aux algorithmes pédagogiques. Elle se joue aussi dans les strates silencieuses de la souveraineté technologique. Une enquête d’Off Investigation publiée le 15 juillet 2025 s’est penchée sur les ramifications de Brookfield autour de Westinghouse, racheté par le groupe canadien en 2018. La structure de propriété a toutefois changé depuis : le 7 novembre 2023, Cameco et Brookfield ont finalisé une nouvelle acquisition, Cameco détenant 49 % de Westinghouse et Brookfield 51 %. Toute analyse de l’influence exercée sur l’entreprise doit partir de cette structure actuelle.

L’enquête d’Off Investigation décrit un ensemble complexe de véhicules d’investissement, de sociétés et de relations d’affaires autour de Brookfield, et avance l’hypothèse de connexions indirectes avec des intérêts russes. Elle cite notamment George Myhal, Alan Kestenbaum, Prem Watsa, Wilbur Ross et Charles McGonigal pour retracer différents réseaux financiers et professionnels. Ces rapprochements relèvent de l’enquête publiée par ce média et ne suffisent pas, en eux-mêmes, à établir une prise de contrôle russe de Westinghouse. Ils posent en revanche une question de méthode : jusqu’où peut-on parler de souveraineté lorsque la chaîne des intérêts financiers devient difficile à lire ?

Le dossier illustre ainsi moins une souveraineté définitivement capturée qu’une difficulté de traçabilité capitalistique dans des secteurs stratégiques. Westinghouse reste une entreprise américaine contrôlée à 51 % par Brookfield et à 49 % par Cameco, mais l’opacité alléguée de certains circuits d’investissement rappelle qu’une dépendance ne se mesure pas seulement à la nationalité affichée d’un propriétaire. Elle se mesure aussi à la capacité d’identifier les intérêts, les droits de décision et les juridictions qui structurent réellement le contrôle. Le brouillard capitalistique devient alors lui-même un enjeu de souveraineté.

ENTRE SOUVERAINETÉ PROCLAMÉE ET VASSALISATION ASSUMÉE

La réflexion portée par Nicolas Cantu dans son analyse de l’écosystème 4 NK ouvre un angle stratégique complémentaire. À rebours des architectures centralisées fragiles, il y expose une infrastructure décentralisée, fondée sur la cryptographie distribuée, la validation côté client et la suppression des points de défaillance uniques. Cette solution permettrait à chaque utilisateur de redevenir maître de ses flux, sans passer par des tiers de confiance ou des API propriétaires. Ce modèle, sobre, vérifiable et souverain, s’adresse autant aux petites structures qu’aux grands groupes, dans une logique de déploiement horizontal.