Passer au contenu

LE PROCÈS QUE PERSONNE NE VEUT VOIR : OAKLAND, OU LA PROMESSE INTROUVABLE

Oakland, 18 mai 2026 : la plainte d’Elon Musk contre OpenAI est classée pour prescription, sans examen du fond. Pendant que la presse scrutait le procès, Anthropic captait Wall Street, Gates et l’infrastructure de Musk. Anatomie d’une promesse civilisationnelle que plus aucune instance ne défend.

Bay Bridge entre Oakland et San Francisco, lieu du procès Musk-Altman, jugement rendu le 18 mai 2026.
Le Bay Bridge enjambe la baie qui sépare Oakland, où s’est tenu le procès en première instance, de San Francisco, où la Cour d’appel fédérale du Neuvième Circuit examinera l’appel annoncé par Marc Toberoff le 18 mai 2026. À l’arrière-plan, les grues du port d’Oakland, principal point d’entrée sur la côte ouest américaine des composants industriels asiatiques.

© 2026 LES LETTRES LIBRES. Citation autorisée de courts extraits (300 mots maximum) avec mention de la source et lien vers l’article original. Toute reprise substantielle, reproduction, adaptation ou exploitation de l’architecture éditoriale et des contenus publiés suppose un accord écrit préalable.


Orandum est ut sit mens sana in corpore sano.
Juvénal, Satire X, vers 356.
Quis custodiet ipsos custodes ?
Juvénal, Satire VI, vers 347.

LA PHRASE QUI DIT TOUT

Au quatrième jour d’audience, le 30 avril 2026, alors qu’un avocat tentait d’introduire dans les débats l’argument du risque existentiel que ferait peser l’intelligence artificielle sur l’humanité, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a tranché net. Sa formule, prononcée d’une voix posée depuis la tribune du tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, mérite d’être rapportée verbatim, parce qu’elle contient en deux phrases ce que les trois semaines suivantes ne sont pas parvenues à dire autrement.

Ce n’est pas un procès sur les risques de l’intelligence artificielle. Ça pourrait l’être un jour.

La double phrase est l’aveu cardinal. Aucune juridiction au monde, en mai 2026, n’instruit la question civilisationnelle de l’intelligence artificielle. Le procès d’Oakland ne le fait pas. Aucun autre ne le fait. La régulation de l’outil le plus structurant de la décennie est confiée par défaut à un litige civil entre actionnaires, dans une salle d’audience californienne où l’on plaide sur la qualification juridique de 38 millions de dollars versés en 2015. Et lorsque la juge dit que cela pourrait être un procès des risques un jour, elle énonce ce que le droit positif refuse encore d’admettre, à savoir que le temps présent est précisément celui où la promesse civilisationnelle, faute d’instance habilitée à la saisir, s’enterre par calendrier.

Vingt et un jours plus tard, le 18 mai 2026, après deux heures à peine de délibération, le jury californien rendra son verdict. La plainte est prescrite. Le fond ne sera pas examiné. La phrase prononcée à mi-procès aura été prophétique : la justice américaine ne savait pas, ne pouvait pas, n’a pas voulu instruire la question de la promesse fondatrice. Le procès que personne n’a voulu voir s’est refermé sur lui-même, par classement procédural, en cochant une case dans un formulaire pourpre de quatre pages.

LE PACTE FONDATEUR

Pour comprendre ce que ce procès n’a pas jugé, il faut revenir au 25 mai 2015. À 21 heures précises, ce jour-là, Sam Altman, alors président de l’incubateur de jeunes entreprises Y Combinator, écrit à Elon Musk. Le courriel, archivé au dossier 4:24-cv-04722 du district Nord de la Californie, est devenu, sans que la presse francophone ne l’ait jamais cité dans son entier, le pacte non écrit qui sous-tendra toute la procédure ultérieure.

Je me suis beaucoup demandé s’il était possible d’empêcher l’humanité de développer l’intelligence artificielle. Je pense que la réponse est très certainement non.

La phrase ouvre sur une proposition concrète. Puisque cette technologie sera développée, autant qu’elle ne le soit pas exclusivement par Google. Altman suggère de réunir les cinquante meilleurs talents de la Silicon Valley dans une organisation à but non lucratif chargée de garantir, selon ses propres termes, que la technologie appartienne au monde entier. La réponse de Musk, brève, scellera l’alliance : ça vaut le coup d’en parler.

Sept mois plus tard, le 11 décembre 2015, OpenAI est officiellement créée. Le statut juridique retenu est celui d’une fondation à but non lucratif de droit californien. La mission inscrite dans les statuts est claire : développer une intelligence artificielle bénéfique pour l’humanité tout entière, en publiant ses travaux en open source autant que possible. Une promesse civilisationnelle est ainsi proférée publiquement, devant la presse, devant les bailleurs, devant les futurs salariés que la formule attirera par centaines.

Cette promesse, le procès d’Oakland onze ans plus tard démontrera qu’elle n’engageait juridiquement personne. Pour une raison que mes lecteurs avocats reconnaîtront immédiatement : l’humanité n’a pas qualité de partie dans le droit positif. On ne peut s’engager juridiquement envers une catégorie qui n’est pas une personne. La promesse, dès l’origine, était donc adressée à un destinataire qui ne pouvait pas en exiger l’exécution. Il faudra retenir cette leçon.

Procès Musk Altman, OpenAI face au droit
Le procès Musk contre Altman met à l’épreuve la transformation d’OpenAI et la promesse fondatrice d’une IA au service de l’humanité. Documents internes, restructuration et enjeux géopolitiques révèlent une mutation qui dépasse le simple conflit entre dirigeants.

LA BASCULE DE 2017

Le 5 mai 2026, à la barre du tribunal d’Oakland, Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, livre sous serment la chronologie précise des six mois où l’histoire de la jeune entreprise a basculé. Il l’expose en huit dates qui méritent d’être restituées, parce qu’elles documentent, jour par jour, le mécanisme exact par lequel une mission philanthropique se transforme en dispositif d’attraction de capitaux.

Le 11 août 2017, dans un stade rempli à Seattle, un programme d’OpenAI bat pour la première fois les meilleurs joueurs mondiaux du jeu Dota 2. Le soir même, Musk envoie un courriel enthousiaste aux cofondateurs : c’est l’événement déclencheur. Le 12 août, la petite équipe se retrouve dans le manoir hanté de Musk à San Francisco, vaste demeure acquise pour 30 millions de dollars. L’actrice Amber Heard, alors compagne du milliardaire, sert le whisky. Confettis et gobelets de la veille jonchent encore le sol.

Le 15 août, Altman propose une division égale des parts dans la future structure commerciale dont la création est envisagée. Musk refuse et exige 62,5 %, justifiant sa demande par cette phrase rapportée par Brockman : j’ai besoin de 80 milliards de dollars pour créer une ville sur Mars. Le 16 août, il monte sa demande d’un cran et exige quatre sièges sur sept au conseil d’administration, ce qui lui donnerait le contrôle total. Brockman écrit dans son journal personnel, exhumé sous serment neuf ans plus tard : personne ne devrait avoir le contrôle sur ce que nous créons.

Le 29 août, les cofondateurs refusent formellement. Musk fait les cent pas, suspend son financement, et lance : je mettrai en pause mon financement jusqu’à ce que vous décidiez. Le 20 septembre, Brockman et Ilya Sutskever lui adressent un courriel invoquant le risque d’une dictature de l’AGI. Musk explose : les gars, j’en ai marre, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 20 octobre, dans une ultime tentative, il propose d’absorber OpenAI dans Tesla. Refus.

Le 20 février 2018, devant la cinquantaine d’employés réunis, Musk annonce son départ. La phrase qu’il prononce ce jour-là, rapportée par Brockman à la barre, mérite d’être citée intégralement, parce qu’elle préfigure une grammaire qui, huit ans plus tard, redeviendra doctrine présidentielle :

Pour lui, le plus important était de rattraper Google et il n’y avait aucun intérêt à ce que les moutons dictent les règles de sécurité quand le loup ne les suivait pas.

Le journal de Brockman, lu en audience par l’avocat de Musk, contient les deux énoncés qui résument la bascule. En septembre 2017, le cofondateur écrivait : lui dérober la fondation, basculer en société commerciale sans lui, ce serait une banqueroute morale. Quelques pages plus loin, plus prosaïquement : financièrement, qu’est-ce qui m’amènera à un milliard de dollars ? La banqueroute morale et l’attraction du milliard se côtoient dans le même carnet, à quelques semaines d’intervalle. La mission fondatrice n’est plus une fin. Elle est devenue un dispositif.

852 MILLIARDS ET LE SILENCE DU POLITIQUE

En mai 2026, OpenAI est valorisée à 852 milliards de dollars. La fondation à but non lucratif d’origine demeure actionnaire de la structure commerciale lancée en 2019, mais à hauteur d’environ 25 %. Ce qui représente, en valeur d’actif théorique, environ 213 milliards de dollars revenant à la fondation. En 2024, cette même fondation a distribué 7,6 millions de dollars en dons. Le ratio de redistribution s’établit à 0,003 6 %. Un mois avant l’ouverture du procès, fin mars 2026, la fondation a annoncé un milliard de dollars de subventions pour l’année en cours, dont 100 millions consacrés à la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Le timing parle de lui-même.

Pendant ce temps, à un autre étage du même édifice, Brockman a témoigné qu’OpenAI dépense en 2026 environ 50 milliards de dollars par an en puissance de calcul. Soit une multiplication par 1 666 par rapport aux 30 millions de 2017. À ce niveau d’engagement financier, aucune structure caritative n’est plus opératoire. La technologie a, par sa propre dynamique d’échelle, rendu la promesse de 2015 structurellement intenable. Ce que les fondateurs avaient annoncé ne pouvait plus être tenu, non parce qu’ils auraient renié leur parole, mais parce que la nature même de l’infrastructure exigée par l’entraînement des modèles de pointe excède désormais les ressources de toute fondation.

Cette dynamique d’échelle aurait dû mobiliser le politique. Or, en 2026, aucune instance démocratique américaine, européenne ou internationale n’instruit la trajectoire civilisationnelle de l’outil. La Commission européenne examine la concentration de marché entre OpenAI et Microsoft. La Federal Trade Commission examine la concurrence dans le secteur de l’intelligence artificielle générative. La Securities and Exchange Commission examine les communications internes d’Altman lors de son éviction de novembre 2023. Toutes ces enquêtes administratives portent sur des aspects partiels et latéraux. La question fondamentale, à savoir qui détient le commun cognitif de l’humanité et à quelles conditions, n’est instruite par personne.

Le vide démocratique est ainsi intégralement comblé par un litige civil entre deux actionnaires. La trajectoire de l’intelligence artificielle, qui modifie déjà l’emploi, les sciences, les arts, l’éducation, la santé, est suspendue à la délibération de neuf citoyens californiens tirés au sort, dont la décision se prendra en deux heures sur un formulaire de quatre pages. C’est cela, et seulement cela, qui se sera joué à Oakland en mai 2026.

ÉTUDE LEXICALE DU TRAITEMENT MÉDIATIQUE

Il faut, sans complaisance, nommer ce que la presse francophone a fait pendant trois semaines. Le constat ne vise ni la qualité personnelle des journalistes ni la rigueur factuelle de leurs comptes rendus, qui sont réels. Il vise une grammaire éditoriale, une grille lexicale, un cadrage qui s’est imposé d’emblée et qui ne s’est pas dénoué jusqu’au verdict.

Sur douze chroniques publiées par Libération entre le 26 avril et le 21 mai 2026, signées Élise Viniacourt seule journaliste française accréditée à Oakland, le lexique appliqué à Elon Musk se compose des termes suivants : mauvais perdant, showman amateur de clash, troll des Internets, insolence, impertinence, pitreries, numéro provocateur, tête brûlée, PDG d’extrême droite, ancien acolyte de Donald Trump, rancune tenace, salut nazi à la répétition hypnotique. La plupart de ces qualificatifs sont assertés par la voix narrative, et non rapportés à un témoin identifié.

Sur les mêmes douze chroniques, le lexique appliqué à Sam Altman se compose des termes suivants : sagement assis, impassible, son plus bel apparat, rasage de près, costume sur mesure, étonnants souliers auburn. Les accusations dont l’intéressé fait pourtant l’objet, et qui sont versées au dossier sous serment (manager toxique selon Mira Murati, violence psychologique selon Tasha McCauley, tendance systématique au mensonge selon Ilya Sutskever, éviction de novembre 2023 par son propre conseil, enquête de la Securities and Exchange Commission sur ses communications internes, conflits d’intérêts dans Helion Energy, Cerebras et Reddit), sont rapportées factuellement, sans adjectivation hostile.

L’asymétrie est documentable, mesurable, et n’est pas le fruit d’une perception. Elle est une grammaire. Et il faut, par souci méthodologique, observer un second fait. Sur le pivot du procès, à savoir le contre-interrogatoire de Sam Altman le 12 mai 2026, où l’accusé a admis sous serment ne pas avoir toujours dit la vérité, où le seuil de 90 % de parts demandées par Musk a été révélé, et où la phrase le contrôle passera à mes enfants a été versée au dossier, aucun journal francophone autre que Libération n’a produit de récit substantiel. La Presse de Montréal publie un article d’annonce le 12 mai et un article de plaidoiries le 14 mai, sans couvrir l’épisode central. Le récit du témoignage Altman est délégué entièrement à la chroniqueuse d’un quotidien dont la grille éditoriale est militante. C’est un monopole de fait.

Le 20 mai, Libération publie un portrait défensif de la juge Yvonne Gonzalez Rogers, titré entre guillemets : juge activiste d’Oakland. La typographie sert ici à propager la formule controversée de Musk tout en se présentant comme son adversaire. Le portrait, par ailleurs biographiquement irréprochable, se referme sur une phrase qui dit la grille idéologique du journal : une manière élégante pour cette dame de fer de rappeler que, face à la bataille des ego et des milliards de quelques puissants, une poignée d’anonymes peut encore faire justice. Cette phrase suppose deux choses contestables : d’une part, que le jury aurait fait justice sur le fond, alors qu’il a coché une case de prescription en deux heures ; d’autre part, que l’opposition cardinale serait celle des ego contre les anonymes, alors qu’il s’agissait d’une bataille entre deux blocs de capital arbitrée par un dispositif procédural inadapté.

Le 21 mai, le quotidien publie un bilan définitif intitulé Ego trip, règlements de compte et trahison : retour sur l’absurde procès des deux patrons de l’intelligence artificielle. Le qualificatif d’absurde est cardinal. Le procès portait sur la mutation juridique d’une fondation à 852 milliards de dollars, qui concerne le devenir d’une infrastructure cognitive mondiale. Le qualifier d’absurde, c’est désamorcer sa portée structurelle pour le rabattre à un fait divers d’ego entre milliardaires. Mais le même bilan reconnaît, deux paragraphes plus loin : le fond du dossier n’aura pas été tranché, les accusations de violation de fiducie caritative et d’enrichissement injustifié demeurent sans réponse. Le journal admet en creux ce que son titre dément.

Pour les lecteurs avocats et entrepreneurs souverains à qui ces pages s’adressent, la leçon est claire. La presse mainstream a adopté la grille de lecture qui rend l’affaire racontable au lectorat majoritaire. Ce n’est pas une conspiration, c’est un automatisme cognitif de classe. Mais l’écart entre la solidité du grief juridique et la fragilité du traitement médiatique est lui-même un objet d’analyse. Il fallait le nommer. C’est fait.

L’architecture volée | Anatomie d’une proximité structurelle assistée par IA dans la presse francophone indépendante
Une analyse du plagiat de composition à l’ère des modèles de langage et de la captation silencieuse du travail intellectuel indépendant.

TROIS LIGNES DE FORCE

PREMIÈRE LIGNE : LA CONFISCATION DU COMMUN

La promesse de 2015, selon laquelle la technologie appartiendrait au monde entier, a été convertie, par étapes documentées, en actif privé valorisé de 852 milliards de dollars. Cette conversion est l’objet juridique du procès qui vient de s’achever sans verdict de fond. Elle est aussi un précédent qui pèsera sur tous les dossiers analogues à venir. Si la conversion est validée sans contestation, alors toute promesse civilisationnelle attachée à un projet technologique peut être reformulée en marketing fondateur dont la trahison ultérieure n’est plus opposable. C’est une catégorie juridique nouvelle qui s’installe par défaut : la promesse non engageante adressée à un destinataire sans qualité.

L’analyse d’Éric Lemaire publiée le 12 mai 2026 dans Le Courrier des Stratèges étend cette grammaire à l’ensemble de l’écosystème numérique. OpenAI verrouille ses modèles, Google privilégie Gemini dans ses services, Apple interdit l’accès profond à iOS sauf à ses partenaires, Microsoft pousse Copilot partout, Meta réserve ses données sociales à ses propres modèles. Internet est en train de se transformer en copropriété privée pour nourrir exclusivement les IA des grands acteurs. Le procès Musk contre Altman n’est qu’un cas particulier d’un mouvement plus vaste. La promesse de 2015 n’est pas seulement enterrée chez OpenAI. Elle est rendue structurellement impossible chez tous les acteurs majeurs, parce qu’aucun n’a plus intérêt à partager ce qui constitue son avantage compétitif.

DEUXIÈME LIGNE : L’ABSENCE DU POLITIQUE CONSTITUANT

La phrase de la juge le dit : ce n’est pas le procès des risques. Il n’y a pas, ailleurs, de procès des risques. Le politique a délégué la régulation au tribunal civil. Le tribunal civil arbitre une plus-value. La trajectoire civilisationnelle de l’outil n’est instruite par personne.

Mise en miroir cardinale, à huit ans d’intervalle. Le 20 février 2018, Elon Musk quitte OpenAI en déclarant aux salariés que la sécurité ne doit pas freiner la course concurrentielle contre Google : aucun intérêt à ce que les moutons dictent les règles de sécurité quand le loup ne les suivait pas. Le 21 mai 2026, Donald Trump renonce à signer le décret encadrant l’intelligence artificielle. Sa formule, rapportée par Politico et le New York Times :

On est en tête devant la Chine, on est en tête devant tout le monde, et je ne veux rien faire qui puisse compromettre cette avance.

Les deux phrases, prononcées à huit ans d’intervalle, l’une par un fondateur claquant la porte d’une jeune entreprise, l’autre par le président des États-Unis renonçant à signer un décret au dernier moment, disent exactement la même chose. La sécurité de l’humanité est subordonnée à la primauté concurrentielle. Trump est devenu Musk version étatique. La grammaire de février 2018 est désormais doctrine présidentielle.

À mettre en miroir également avec la citation, rapportée par Emily Turrettini le 6 mai 2026, de Jessica Ji, chercheuse au Center for Security and Emerging Technology de Georgetown, sur l’impraticabilité du Centre for AI Standards and Innovation, l’organisme américain chargé d’évaluer les modèles : il n’a tout simplement pas les ressources, ni en personnel, ni en expertise technique, ni en puissance de calcul, pour évaluer rigoureusement ces modèles. Les deux pinces se referment sur une même évidence. La régulation privée est impraticable parce que les acteurs sont en compétition. La régulation publique est impraticable parce qu’elle dépend, pour évaluer, de l’expertise et de la puissance de calcul des évalués. Il n’y a personne, à aucun étage, pour faire respecter la promesse de 2015.

TROISIÈME LIGNE : LA FABRIQUE DU CONSENTEMENT

Les valeurs affichées par OpenAI, à savoir la sécurité, l’ouverture, le bénéfice pour l’humanité, ont fonctionné depuis l’origine comme dispositif d’attraction des talents idéalistes et des capitaux. Les dépositions des anciens salariés versées au dossier en avril 2025 le formulent sans détour : écran de fumée, façade pour manipuler la main-d’œuvre et le public. Ce mécanisme n’est pas une dérive isolée d’OpenAI. Il est la grammaire générale par laquelle des promesses civilisationnelles sont enrôlées au service d’intérêts patrimoniaux.

Cette grammaire est précieuse à nommer parce qu’elle est utilisée bien au-delà du seul secteur de l’intelligence artificielle. Elle est la matrice des grands récits de communication d’entreprise qui invoquent l’humanité, la planète, les générations futures, comme bénéficiaires de leurs activités. Elle est, en réalité, le marketing civilisationnel du capital. Et le procès d’Oakland aura eu cette vertu, sans avoir trouvé d’instance pour la prononcer, de la documenter pièce par pièce, sous serment, en pleine lumière.

LE POLITIQUE PARLE TROP TARD ET MAL

Le 4 mai 2026, soit cinq jours après l’ouverture des audiences à Oakland, Anthropic, principal concurrent d’OpenAI, fondé en 2021 par d’anciens dissidents d’OpenAI parmi lesquels Dario Amodei, annonce un nouveau modèle baptisé Mythos. Sa particularité, selon ses propres créateurs, est de pouvoir identifier des failles de sécurité dans chaque grand système d’exploitation et navigateur. Anthropic juge le modèle trop dangereux pour être rendu public. L’aveu, prononcé par les créateurs eux-mêmes, est l’envers exact de la promesse de 2015. En dix ans, l’industrie est passée de l’open source comme principe fondateur à la rétention comme précaution sécuritaire.

Le 4 mai également, le New York Times révèle que la Maison-Blanche envisage un décret présidentiel imposant une revue gouvernementale des nouveaux modèles avant leur mise sur le marché. Le lendemain, 5 mai 2026, le National Institute of Standards and Technology signe avec Microsoft, Google et xAI des accords de soumission préalable des modèles au Center for AI Standards and Innovation. OpenAI n’est pas signataire. L’absence est d’autant plus remarquable que ChatGPT compte alors 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires. La principale plateforme grand public d’intelligence artificielle reste hors du dispositif sécuritaire de l’État américain.

Trois semaines plus tard, le 21 mai 2026, le scénario tourne court. Trump convoque les dirigeants d’OpenAI, Google, Anthropic, Meta et Microsoft à la Maison-Blanche avec moins de 24 heures de préavis pour signer un décret historique. Sam Altman, Dario Amodei et Mark Zuckerberg ne sont pas disponibles. Leurs entreprises envoient des représentants de second rang. Irrité par ces absences et mécontent de certains aspects du texte, Trump annule la signature au dernier moment. Sa phrase, citée par Politico, ferme le dossier régulatoire : je ne veux rien faire qui puisse compromettre cette avance.

Le décret aurait pourtant prévu des dispositions substantielles. Il aurait confié à l’Office of the National Cyber Director un délai de deux mois pour mettre en place un processus d’évaluation des nouveaux modèles avant leur mise sur le marché. Il prévoyait un partage volontaire des modèles entre 14 et 90 jours avant leur sortie. Il aurait institué un registre centralisé des vulnérabilités pour protéger banques, réseaux électriques et infrastructures critiques contre les cyberattaques. Tout cela disparaît dans la corbeille présidentielle. La régulation publique de l’intelligence artificielle est ainsi doublement abandonnée en mai 2026 : abandonnée dans son périmètre, puisque OpenAI n’a jamais signé les accords du National Institute of Standards and Technology, et abandonnée dans son extension, puisque le décret qui aurait pu compléter le dispositif est retiré au dernier moment.

Le politique parle trop tard et mal. Quand il parle, c’est pour des raisons cyber, c’est-à-dire pour protéger les serveurs de l’État, non pour protéger l’humanité du dispositif. Quand il devrait conclure, il renonce parce que les régulés n’ont pas eu le temps de venir signer. La souveraineté étatique est ainsi renversée : ce ne sont plus les régulateurs qui convoquent les régulés, ce sont les régulés qui rendent les régulateurs disponibles ou non.

QUI A GAGNÉ PENDANT LE PROCÈS

Pendant que la presse francophone scrutait Oakland et que le jury californien préparait son verdict de prescription, une autre histoire s’écrivait simultanément, dont aucun média grand public n’a fait la synthèse. Cette histoire mérite d’être restituée chronologiquement, parce qu’elle dit ce qui s’est réellement joué.

Le 4 mai 2026, Anthropic annonce la création d’une coentreprise avec Blackstone, Goldman Sachs et Hellman & Friedman, à hauteur de 1,5 milliard de dollars, pour le déploiement de son agent conversationnel Claude dans les entreprises clientes des fonds de capital-investissement partenaires. Marc Nachmann, responsable mondial de la gestion d’actifs chez Goldman Sachs, formule la chose sans détour : un modèle seul ne transforme pas vos processus, il faut des gens capables de combiner la technologie avec la réalité de l’entreprise. Le message envoyé au marché est limpide. Anthropic ne se positionne plus seulement comme fournisseur de modèle, mais comme intégrateur opérationnel, accompagné par les principaux fonds de Wall Street.

Le 14 mai 2026, deuxième opération majeure. Anthropic annonce un partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates pour 200 millions de dollars sur quatre ans, ciblant les domaines de la santé, des sciences de la vie, de l’éducation et de la mobilité économique. Quatre mois plus tôt, en janvier 2026, la même Fondation Gates avait engagé 50 millions de dollars avec OpenAI pour le programme Horizon1000 de déploiement de l’intelligence artificielle dans les systèmes de santé africains. Les deux adversaires du procès ont donc, à quatre mois d’intervalle, accepté le même bailleur philanthropique. La philanthropie privée arbitre désormais à la place de l’État, en finançant les deux camps adversaires d’un même contentieux civil.

Le 14 mai 2026 toujours, des sources investisseurs citées par La Presse de Montréal indiquent qu’Anthropic est en passe de dépasser OpenAI en valorisation, à 900 milliards de dollars dans un tour de table en cours. Le procès n’est pas achevé, le verdict n’est pas rendu, et Anthropic encaisse déjà la prime du contentieux qui paralyse son concurrent.

Le 18 mai 2026, jour du verdict, troisième opération. SpaceX, société d’Elon Musk, cède à Anthropic la totalité de la capacité de calcul du data center Colossus 1, situé près de Memphis, dans le Tennessee. Plusieurs milliards de dollars de revenus annuels sont ainsi garantis à SpaceX, à quelques mois de son introduction en Bourse attendue. Sur X, Musk reconnaît publiquement : xAI n’avait pas été construite correctement la première fois, elle est rebâtie depuis les fondations. Les chiffres du Wall Street Journal le confirment. Grok, l’agent conversationnel de xAI, plafonne à 7 % de pénétration entreprise, contre 48 % pour Claude d’Anthropic et 40 % pour Gemini de Google. Les téléchargements de Grok ont chuté à 8,3 millions en avril 2026, contre plus de 20 millions en janvier. La part de consommateurs américains payant pour Grok stagne à 0,17 %, quand ChatGPT dépasse 6 %.

Récapitulons. Le 4 mai, Anthropic capte Wall Street. Le 5 mai, le National Institute of Standards and Technology entérine sans OpenAI. Le 14 mai, Anthropic obtient la Fondation Gates et dépasse OpenAI en valorisation. Le 18 mai, jour du verdict, Anthropic loue l’infrastructure de Musk. Le 21 mai, Trump renonce au décret. En 17 jours calendaires, quatre opérations majeures ont reconfiguré le marché au bénéfice d’Anthropic et de la coalition qui se reconstitue autour de lui. Le verdict du jury, quel qu’il fût, ne pouvait plus rien y changer.

Pour le lectorat avocats et entrepreneurs souverains, l’incise centrale mérite d’être nommée : le choix des sponsors compte davantage que la qualité du produit ou la justesse de la cause. Altman dépend de Microsoft, et seulement de Microsoft. Musk a structuré une coalition à plusieurs étages, dont Trump pour la régulation, Anthropic pour l’infrastructure devenue actif locatif, les marchés financiers pour l’introduction en Bourse de SpaceX. Méthode entrepreneuriale contre méthode mono-sponsor. La leçon est ancienne, mais elle se rappelle ici avec une force particulière. Un acteur qui dépend d’un seul sponsor est exposé à la défaillance de ce sponsor. Un acteur qui dépend d’une coalition diversifiée survit aux défaillances ponctuelles.

L’ARBITRE QUE PERSONNE N’A ÉLU : DE GATES À ANTHROPIC, LA PHILANTHROPIE QUI REFERME LA BOUCLE

Le 14 mai 2026, alors que les avocats d’OpenAI plaident à Oakland que la fondation à but non lucratif demeure intacte, Anthropic et la Fondation Bill et Melinda Gates annoncent un partenariat de 200 millions de dollars sur quatre ans, pour appliquer Claude à la santé, aux sciences de la vie, à l’éducation et à la mobilité économique. Reuters publie le communiqué le matin même. La concomitance est éloquente. Elle ne relève pas de la coïncidence, mais d’une convergence d’intérêts qu’aucun des acteurs ne dissimule, simplement parce qu’aucun des acteurs n’est tenu de la justifier devant une instance démocratique.

Le mot partenariat, dans les communiqués officiels, est précédé de l’adjectif philanthropique. Cet adjectif mérite ici un examen. Étymologiquement, philanthropie signifie amour de l’humanité, et le mot suppose un acte gratuit, désintéressé, sans contrepartie attendue. Appliqué à la Fondation Bill et Melinda Gates, il devient un abus de langage. Ce que la fondation pratique depuis 2000 est ce que Matthew Bishop et Michael Green ont nommé en 2008 le philanthrocapitalisme, dans un ouvrage devenu référence : l’application des méthodes du capital-risque à des subventions présentées comme caritatives, avec retour stratégique attendu sous forme de structuration des marchés, d’orientation des politiques publiques et de positionnement global. Verser 200 millions de dollars à Anthropic pour utiliser Claude dans ses propres programmes n’est pas un don. C’est un achat de service, doublé d’un placement stratégique dans l’écosystème naissant de l’intelligence artificielle. La grammaire philanthropique sert ici à habiller en geste de générosité ce qui, économiquement, est une opération de structuration de marché. Et c’est précisément cette grammaire qui désamorce, par avance, toute critique parlementaire ou journalistique. On ne critique pas un partenariat consacré à la santé, à l’éducation et à la mobilité économique des pays pauvres. On le félicite. C’est exactement ce que l’opération vise.

Quatre mois plus tôt, en janvier 2026, la même Fondation Gates avait engagé 50 millions de dollars avec OpenAI pour le programme Horizon1000, dédié au déploiement de l’intelligence artificielle dans les systèmes de santé africains. Les deux adversaires judiciaires de mai 2026 ont donc accepté, à quatre mois d’intervalle, l’arbitrage du même bailleur. Cet arbitrage n’a pas été délibéré dans une enceinte publique. Il a été décidé par une fondation privée, financée par la fortune personnelle de Bill et Melinda Gates, dont les critères de décision ne relèvent d’aucun contrôle parlementaire.

Qui est la Fondation Gates ? Créée en 2000, elle gère en 2026 une dotation d’environ 75 milliards de dollars, ce qui en fait la première fondation privée du monde. Elle est, depuis 2010 et l’annonce conjointe à Davos avec l’Alliance GAVI, l’UNICEF, l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (le NIAID, dirigé alors par Anthony Fauci) et l’Organisation mondiale de la santé, le principal acteur privé du financement de la santé mondiale. Elle est, selon les chiffres publiés par l’Organisation mondiale de la santé en 2023, l’un des trois plus gros contributeurs financiers de cette dernière, devant la plupart des États membres. Elle finance également GAVI, dont elle est, selon les profils de donateurs publiés par l’alliance, l’un des principaux bailleurs.

Tim Schwab, dans une enquête publiée par la Columbia Journalism Review le 21 août 2020, a documenté un autre versant de cette puissance philanthropique. Entre 2010 et 2020, la Fondation Gates a versé environ 250 millions de dollars à des organisations médiatiques, parmi lesquelles NPR, The Guardian, Le Monde Afrique, BBC Media Action, ProPublica, The Atlantic, et plusieurs dizaines d’autres. Schwab notait que ces financements posaient une question méthodologique aux journalistes des rédactions concernées : comment couvrir critiquement un bailleur qui finance directement la rédaction ? La question demeure ouverte. Elle se pose désormais à propos de l’intelligence artificielle aussi clairement qu’elle se posait à propos de la santé mondiale.

Anthony Fauci, dans son autobiographie On Call publiée en 2024, raconte que les relations entre le NIAID, la Fondation Gates et l’OMS lors de la décennie 2010-2020 étaient si intriquées qu’il devenait parfois difficile, dans les réunions de haut niveau, de distinguer ce qui relevait du public et du privé. La philanthropie, observait-il, ne complète pas l’action publique : elle la précède, la cadre, en oriente les priorités. Vingt-cinq ans après la création de la fondation, le même mécanisme se déploie désormais dans le secteur de l’intelligence artificielle. La Fondation Gates ne finance pas l’État américain pour qu’il régule l’intelligence artificielle. Elle finance les deux entreprises rivales du procès d’Oakland pour qu’elles fournissent, chacune, des modèles à ses programmes.

Elizabeth Kelly, citée par le Financial Times en mai 2026 à propos du partenariat Anthropic, formule sans s’en rendre compte la phrase qui dit tout : ce partenariat est au cœur de ce que nous sommes en tant qu’entreprise. L’inversion est cardinale. Anthropic ne dit pas que ce partenariat fait partie de ses activités. Elle dit qu’il définit son identité. La Fondation Gates n’est plus un partenaire externe d’Anthropic. Elle est constitutive de ce qu’Anthropic est. Et la même chose vaut, à un degré moindre, pour OpenAI depuis Horizon1000. La philanthropie privée est devenue le critère ontologique des grandes maisons d’intelligence artificielle, celle qui définit ce qu’elles sont avant même ce qu’elles font.

Permettez-moi de mettre en miroir cette mutation avec trois retraits observables en 26 jours. Le 4 mai 2026, l’État américain, par le décret Mythos, transfère l’évaluation des modèles d’intelligence artificielle vers le Département du Commerce et la communauté du renseignement. Premier retrait du politique. Le 7 mai 2026, Wall Street, par la coentreprise Anthropic-Blackstone-Goldman Sachs, formalise son entrée dans l’écosystème des modèles. Premier retrait du capital, qui n’est plus seulement bailleur, mais devient associé opérationnel. Le 14 mai 2026, la Fondation Gates entre simultanément chez les deux adversaires du procès d’Oakland, neutralisant l’enjeu juridique avant même qu’il ne soit tranché. Premier retrait, et premier triomphe, de la philanthropie privée comme instance arbitrale.

Trois retraits, trois pinces, une architecture. L’État renonce, le capital prend, la philanthropie scelle. Le coupable désigné par la presse, en l’occurrence Elon Musk, est par ailleurs le candidat préféré du tour de table qui se constitue. Sa cession de Colossus 1 à Anthropic le 18 mai, le jour même du verdict, le confirme. La philanthropie qui referme la boucle ne désigne pas un gagnant et un perdant. Elle accueille les deux camps dans une même structure de dépendance financière, dont les conditions ne sont négociables ni par les parlements ni par les tribunaux.

Quelles questions le XXIᵉ siècle pourrait-il poser à Juvénal ? Le poète romain, dans la sixième de ses Satires, demandait : qui gardera les gardiens eux-mêmes ? Sa dixième Satire formulait la prière classique : il faut prier pour avoir un esprit sain dans un corps sain. Samuel Johnson, en 1749, en a tiré son grand poème, The Vanity of Human Wishes, où il interrogeait à son tour la vanité des prières humaines qui sollicitent du pouvoir, de la richesse, de la longue vie, sans comprendre que ces dons, quand ils sont accordés, deviennent l’instrument de la perte de ceux qui les reçoivent.

Il faudrait prier pour autre chose. Pour une intelligence saine dans une architecture saine. Mais personne, dans aucun parlement, ne prie plus pour cela.

LA STRUCTURE QUI SE TRAMAIT À PÉKIN

Pendant les plaidoiries finales à Oakland le 14 mai 2026, Elon Musk accompagne Donald Trump en visite officielle en Chine. La presse francophone interprète ce déplacement comme une provocation ou un mépris du tribunal. C’est, en réalité, le pivot stratégique du procès. Trois jours plus tard, le 17 mai 2026, une photographie circule depuis Pékin. Entre Tim Cook, patron d’Apple, et Elon Musk, fondateur de Tesla, SpaceX et xAI, se tient une femme chinoise au costume sobre, presque discrète. Son nom est Zhou Qunfei, fondatrice de Lens Technology.

Née en 1970 dans un village pauvre du Hunan, mère décédée pendant son enfance, père handicapé par un accident, Zhou Qunfei a quitté l’école après le collège. À 15 ans, elle travaille dans une usine de verre pour montres à Shenzhen. À 23 ans, elle s’installe à son compte avec quelques membres de sa famille, dans un appartement transformé en atelier-dortoir-cantine. En 2026, selon le classement Hurun, sa fortune personnelle s’élève à 19 milliards de dollars. Elle est l’une des trois premières femmes entrepreneures autodidactes du monde dans cette catégorie.

Lens Technology fournit le verre des smartphones haut de gamme, des écrans pliables, des véhicules intelligents, des objets connectés et des lunettes d’intelligence artificielle. Apple, Tesla et plusieurs autres marques mondiales en dépendent matériellement. Une vitre de smartphone n’est pas une plaque transparente. Elle doit être fine, résistante, parfaitement régulière, capable de supporter chocs, rayures, traitements chimiques et tests de chute. Derrière l’apparente simplicité se cachent des procédés industriels que Zhou Qunfei maîtrise depuis trente-trois ans.

Cook négocie. Musk négocie. Trump observe. Altman, lui, est resté à San Francisco. Il discutera devant un jury californien d’une fiducie caritative que les vrais décideurs du secteur n’ont jamais considérée comme déterminante. Le jury votera sur la promesse américaine de 2015. À Pékin, le même soir, on traite des conditions matérielles qui permettront ou non l’existence des produits de 2030.

La promesse de 2015 n’est pas seulement enterrée par Wall Street, par Anthropic, par Gates et par le silence du politique. Elle est aussi enterrée par le fait que l’industrie réelle est ailleurs, dans un atelier de verre devenu, en trente-trois ans, l’un des cœurs invisibles de l’écosystème technologique mondial. Zhou Qunfei n’a pas eu de mission fondatrice. Elle avait une discipline : maîtriser le verre. Cela a suffi. C’est la grammaire des praticiens libres, à laquelle mes lecteurs avocats et entrepreneurs souverains sont sensibles. Pas de promesse philanthropique, pas de discours civilisationnel, pas de mission de sauvegarde de l’humanité. Une compétence industrielle construite pièce par pièce, dans une matière précise, avec une discipline absolue, sur trois décennies.

LE VERDICT QUI NE TRANCHE RIEN

Lundi 18 mai 2026, à 16 h 33 heure locale, après deux heures à peine de délibération, le jury californien rend son verdict. À l’unanimité, les neuf jurés concluent que la plainte d’Elon Musk est prescrite. La juge Yvonne Gonzalez Rogers accepte les conclusions du jury comme étant celles de la cour. L’affaire est classée.

Précision factuelle, qui mérite d’être rétablie parce que la presse l’a noyée dans le récit du verdict. Musk réclamait la restitution de 150 milliards de dollars à la fondation à but non lucratif d’OpenAI, la révocation de Sam Altman et de Greg Brockman, et la restructuration en société à but non lucratif. Il ne demandait pas la somme pour lui ; il demandait qu’elle retourne à la coquille caritative qu’il accusait OpenAI d’avoir vidée. La nuance est juridiquement décisive et la presse mainstream francophone l’a systématiquement gommée.

Il faut, par souci méthodologique, distinguer trois choses qui ont été constamment confondues dans les comptes rendus. La magistrate Yvonne Gonzalez Rogers est irréprochable. Sortie de Princeton financée par des emplois domestiques, diplômée de la faculté de droit du Texas, ancienne avocate d’affaires à San Francisco, nommée à la Cour supérieure du comté d’Alameda par Arnold Schwarzenegger, élevée au rang fédéral par Barack Obama en 2011, première femme aux racines hispaniques à siéger au district Nord de Californie, elle a tranché Uber en 2018, Epic Games contre Apple en 2021, et instruira prochainement le dossier sur l’addiction adolescente aux plateformes sociales. Son intégrité personnelle n’est pas en cause.

Mais le dispositif procédural qu’elle applique est, lui, structurellement inadapté à la nature des questions qui lui ont été soumises. Un jury consultatif de neuf citoyens tirés au sort, délibérant deux heures sur un formulaire de quatre pages, est outillé pour trancher des contentieux contractuels ordinaires. Il n’est pas outillé pour examiner la mutation juridique d’une fondation à 852 milliards de dollars portant sur le devenir d’une infrastructure cognitive mondiale. La qualité personnelle de la magistrate ne valide pas mécaniquement la solidité d’un verdict de jury rendu en de telles conditions.

Et le résultat est sans ambiguïté : la promesse civilisationnelle de 2015 a été classée sans suite par neuf citoyens californiens en 120 minutes, parce que Musk avait attendu six ans avant de la défendre. La promesse n’a même pas été jugée. Elle a été constatée comme prescrite. Trois questions demeurent ouvertes, que le droit contemporain ne sait pas instruire. La qualification juridique de la promesse fondatrice. La fiducie caritative comme catégorie applicable à l’intelligence artificielle. La valeur juridique d’une promesse civilisationnelle non contractualisée.

Marc Toberoff, conseil de Musk, l’a annoncé au micro à la sortie du tribunal : ma réaction tient en un mot, appel. Cette guerre n’est pas terminée. L’appel devant la Cour d’appel du Neuvième Circuit maintient ouverte la question que la première instance a refusé de trancher au fond. Pour les lecteurs avocats à qui ces pages s’adressent, c’est la grammaire normale du droit. Un grief enterré sans appel devient un précédent silencieux. Un grief porté en appel reste un objet juridique vivant, susceptible d’être rouvert par une décision supérieure.

QUATRE LEÇONS POUR LES PRATICIENS LIBRES

PREMIÈRE LEÇON : LA PROMESSE NON CONTRACTUALISÉE N’ENGAGE PERSONNE

Les 38 millions de dollars versés par Musk étaient classés, selon la documentation officielle versée au dossier, comme actifs non restreints. La défense d’OpenAI a fondé sa victoire sur cette qualification. Aucun engagement formel n’avait été pris par la jeune entreprise envers son bailleur initial. La promesse de mission philanthropique, répétée pendant onze ans dans tous les communiqués, ne figurait nulle part dans la documentation contractuelle. Pour les avocats et entrepreneurs souverains qui me lisent, la leçon est ferme. Toute promesse civilisationnelle non contractualisée est, dans le droit américain comme dans la plupart des droits occidentaux, un pur acte de communication sans portée juridique. Et l’humanité, comme catégorie, n’a pas qualité de partie. On ne peut s’engager juridiquement envers l’humanité, parce que l’humanité n’est pas une personne juridique. Toute mission d’entreprise, toute charte éthique, toute déclaration fondatrice qui s’adresse à un destinataire non incarné est, par construction, inopposable.

DEUXIÈME LEÇON : LE CHOIX DES SPONSORS COMPTE PLUS QUE LA QUALITÉ DU PRODUIT

Musk a perdu son procès. Mais il a, dans le même temps, sécurisé sa coalition pour les dix prochaines années. Trump pour la régulation, Anthropic pour l’infrastructure devenue actif locatif, les marchés financiers pour l’introduction en Bourse de SpaceX, le réseau industriel chinois pour les chaînes d’approvisionnement matérielles. Altman, à l’inverse, a gagné son procès, mais reste exposé par sa dépendance unicolore à Microsoft. Méthode entrepreneuriale contre méthode mono-sponsor. Pour les praticiens libres, la grammaire est ancienne : un acteur qui dépend d’un seul sponsor est exposé à sa défaillance ; un acteur qui dépend d’une coalition diversifiée survit aux défaillances ponctuelles. Cette leçon des œufs à ne pas mettre dans le même panier, je l’ai vue à l’œuvre dans des contextes industriels où les décideurs négociaient à l’échelle européenne, et elle continue d’opérer aujourd’hui à l’échelle mondiale.

TROISIÈME LEÇON : LA STRUCTURE SE TRAME AILLEURS QUE LÀ OÙ LA PRESSE REGARDE

Pendant trois semaines, la presse francophone a scruté Oakland. Pendant ces mêmes trois semaines, à Pékin, à Wall Street, à Washington, à Memphis Tennessee, à Seattle, la structure réelle de l’écosystème de l’intelligence artificielle s’est reconfigurée. Mythos d’Anthropic, accords NIST CAISI, coentreprise Blackstone Goldman, partenariat Gates, dîner Pékin avec Zhou Qunfei, cession Colossus 1, décret Trump avorté. Sept événements en 17 jours calendaires, dont aucun n’a fait l’objet d’une couverture francophone substantielle articulant les liens entre eux. Le procès d’Oakland était un théâtre dont la fonction principale était d’occuper l’attention pendant que les opérations réelles se concluaient. Les praticiens libres apprendront, ou réapprendront, que la mise en scène du contentieux est souvent l’ombre portée des opérations qui se tissent ailleurs.

QUATRIÈME LEÇON : UN PROCÈS CIVIL N’EST JAMAIS TERMINÉ TANT QUE L’APPEL EST OUVERT

Le verdict du 18 mai 2026 n’a clos qu’une étape. L’annonce d’appel par Marc Toberoff maintient la question ouverte. Pour les avocats qui me lisent, c’est une évidence professionnelle. Pour les autres lecteurs, c’est une leçon utile. Un grief enterré sans appel devient un précédent silencieux qui pèsera sur tous les cas analogues à venir. Un grief porté en appel reste un objet juridique vivant. On ne ferme jamais un dossier qui touche à une catégorie juridique en formation. On le porte au plus haut, non pour gagner, mais pour empêcher la dépossession par classement procédural. Musk, en faisant appel, ne défend pas seulement son propre grief. Il maintient ouverte la question que ni la juge Gonzalez Rogers ni le jury californien n’ont voulu trancher. Cette ouverture est, paradoxalement, une forme de service rendu à la promesse de 2015.

PERSONNE NE REPRÉSENTE LA PROMESSE DE 2015

Le procès d’Oakland s’est refermé sur lui-même. Le verdict de prescription n’a pas tranché. La presse mainstream a déjà tourné la page. Anthropic continue de monter en valorisation, OpenAI prépare son introduction en Bourse, Musk fait appel, Trump renonce à réguler, la Fondation Gates finance tout le monde, Zhou Qunfei fournit le verre des smartphones du monde entier depuis son atelier devenu groupe coté.

Et pendant ce temps, la promesse de 2015, celle qui affirmait que la technologie appartiendrait au monde entier, demeure introuvable. Personne ne la représente. Elle n’avait pas d’incarnation juridique au moment où elle a été proférée. Elle n’en a pas davantage onze ans plus tard. Elle n’a pas été trahie au sens juridique strict, parce qu’elle n’avait jamais été contractuellement engagée.

J’écris ces lignes depuis Mérida, Yucatán, à quelque cinq mille kilomètres d’Oakland, dans un fuseau horaire où le verdict du 18 mai est tombé en fin d’après-midi alors qu’il faisait nuit en France et en Belgique. La distance géographique n’a pas seulement une fonction logistique. Elle est aussi une condition d’écriture libre. On ne peut pas rédiger un dossier comme celui-ci depuis une rédaction parisienne qui dépend, in fine, des mêmes bailleurs philanthropiques que ceux qui financent Anthropic et OpenAI. Il faut une marge, une distance, une indépendance économique élémentaire pour formuler ce que ce procès a montré.

Ce que ce procès a montré, c’est qu’au stade où nous sommes, le commun cognitif de l’humanité n’a pas de défenseur. Pas dans les tribunaux civils, qui classent par prescription. Pas dans les administrations, qui renoncent par décret. Pas dans les fondations philanthropiques, qui arbitrent à la place de l’État sans en avoir la légitimité démocratique. Pas dans les conseils d’administration, qui répondent à leurs actionnaires. Pas dans la presse mainstream, qui rabat les questions civilisationnelles à des querelles d’ego.

La grande perdante de ce procès est l’humanité, encore une fois dépossédée d’une promesse. Mais la formule mérite, à la réflexion, d’être précisée. L’humanité n’a pas été dépossédée d’un bien qu’elle aurait possédé. Elle a été privée d’une promesse qu’elle n’avait jamais juridiquement reçue. Personne, en 2015, n’avait signé au nom de l’humanité un contrat opposable avec les fondateurs d’OpenAI. La promesse était unilatérale, déclarative, marketing. Elle créait des attentes, elle ne créait pas des droits. Et ces attentes, onze ans plus tard, se sont dissoutes dans le silence d’un formulaire pourpre coché en deux heures.

Reste ce que les praticiens libres appellent l’archive. Le rôle de LES LETTRES LIBRES n’est pas de juger à la place du tribunal. Il est de tenir trace de ce que le tribunal n’a pas jugé. La promesse de 2015 reste lisible dans le courriel de Sam Altman du 25 mai 2015 à 21 heures, accessible au dossier 4:24-cv-04722. Elle est documentée. Elle est traçable. Elle est citable. Elle ne s’éteindra pas en mai 2026, même si elle n’a trouvé personne pour la défendre. Et c’est cela, peut-être, qui distingue l’archive du verdict. Le verdict classe. L’archive maintient. Et tant qu’une parole demeure libre pour nommer ce qui s’est passé, la dépossession n’est pas tout à fait consommée.

La promesse de 2015 n’a pas été volée. Elle n’avait jamais été donnée.

BIBLIOGRAPHIE

Agence France-Presse. (2026, 12 mai). Procès d’OpenAI : Sam Altman va expliquer sa rupture avec Elon Musk. La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2026-05-12/proces-d-openai/sam-altman-va-expliquer-sa-rupture-avec-elon-musk.php

Alfon, D. (2026, 26 avril). Procès Altman-Musk : poker menteur chez les barons de l’IA. Libération. https://www.liberation.fr/idees-et-debats/proces-altman-musk-poker-menteur-chez-les-barons-de-lia-20260426_HBRWRKXHMBC2HDE3DU2JZJ3GNU/

Anthropic. (2026, 7 mai). Anthropic launches enterprise AI services with Blackstone and Goldman Sachs partnership. Anthropic Newsroom. https://www.anthropic.com/news

Axios. (2026, 4 mai). Trump White House orders AI safety tests overhaul under Mythos directive. Axios. https://www.axios.com/2026/05/04/trump-white-house-ai-safety-tests-mythos

Bill & Melinda Gates Foundation, GAVI, UNICEF, NIAID, & World Health Organization. (2010, 29 janvier). Bill and Melinda Gates pledge $10 billion in call for Decade of Vaccines. Davos World Economic Forum announcement. https://www.gatesfoundation.org/ideas/media-center/press-releases/2010/01/bill-and-melinda-gates-pledge-$10-billion-in-call-for-decade-of-vaccines

CNN. (2026, 5 mai). Microsoft, Google and xAI: the government will test their AI models. CNN. https://edition.cnn.com/2026/05/05/tech/microsoft-google-xai-government-test-ai-models

Fauci, A. S. (2024). On call: A doctor's journey in public service. Viking.

Financial Times. (2026, 7 mai). Anthropic strikes enterprise deal with Blackstone and Goldman Sachs. Financial Times. https://www.ft.com

Gates Foundation. (2024). Committed grants database. https://www.gatesfoundation.org/about/committed-grants

GAVI, the Vaccine Alliance. (2024). Our alliance: Donor profiles, Bill & Melinda Gates Foundation. https://www.gavi.org/operating-model/gavis-partnership-model/bill-melinda-gates-foundation

Johnson, S. (2008). The vanity of human wishes: The tenth satire of Juvenal imitated. Dans D. Greene (Éd.), Samuel Johnson : The major works. Oxford University Press. (Œuvre originale publiée en 1749).

La Presse canadienne. (2026, 18 mai). Le jury déboute Elon Musk dans son différend avec OpenAI. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2254951/jury-defaite-elon-musk-openai-proces

Lead. (2026, 17 mai). La femme assise entre Tim Cook et Elon Musk : comment Zhou Qunfei a placé le verre au centre du monde. Stratege 21. https://stratege21.fr/la-femme-assise-entre-tim-cook-et-elon-musk-comment-zhou-qunfei-a-place-le-verre-au-centre-du-monde/

Legendre, B., & Agence France-Presse. (2026, 5 mai). Procès Musk-Altman : un cofondateur décrit un Elon Musk menaçant et assoiffé de pouvoir. La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2026-05-05/proces-d-openai/un-cofondateur-decrit-un-elon-musk-menacant-et-assoiffe-de-pouvoir.php

Legendre, B., & Agence France-Presse. (2026, 11 mai). Procès Musk-Altman : le PDG de Microsoft défend son rôle dans la genèse d’OpenAI. La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-05-11/proces-musk-altman/le-pdg-de-microsoft-defend-son-role-dans-la-genese-d-openai.php

Legendre, B., & Agence France-Presse. (2026, 14 mai). Procès OpenAI : Elon Musk absent, Sam Altman au premier rang. La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-05-14/proces-openai/elon-musk-absent-sam-altman-au-premier-rang.php

Lejeune, A.-E. (2026, 25 avril). Procès Musk-Altman OpenAI : la mission trahie. LES LETTRES LIBRES. https://leslettreslibres.com/proces-musk-altman-openai-mission-trahie/

Lejeune, A.-E. (2026, 8 mai). L’architecture volée : anatomie d’une proximité structurelle assistée par IA dans la presse francophone indépendante. LES LETTRES LIBRES.

https://leslettreslibres.com/architecture-volee-plagiat-ia-presse-independantelarchitecture-volee/

Lemaire, É. (2026, 12 mai). Les nouveaux péages de l’IA : comment les GAFA referment Internet pour nourrir leurs IA. Le Courrier des Stratèges. https://www.lecourrierdesstrateges.fr/les-nouveaux-peages-de-lia-comment-les-gafa-referment-internet-pour-nourrir-leurs-ia-par-eric-lemaire/

Libération & Agence France-Presse. (2024, 1er mars). Elon Musk attaque OpenAI en justice, l’accusant d’avoir trahi sa mission initiale à des fins lucratives. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/elon-musk-attaque-openai-en-justice-laccusant-davoir-trahi-sa-mission-initiale-a-des-fins-lucratives-20240301_H7GPCRKKJJBYZJFATLVVQYGPOQ/

Libération & Agence France-Presse. (2026, 18 mai). Procès des boss de la tech : Elon Musk débouté de ses poursuites contre Sam Altman, le patron d’OpenAI. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/etats-unis-elon-musk-deboute-de-ses-poursuites-contre-openai-en-californie-pour-cause-de-prescription-20260518_YRGZNDVPK5BX3GBKTL45R3R2JA/

National Institute of Standards and Technology. (2026, 5 mai). CAISI signs agreements regarding frontier AI national security testing. NIST. https://www.nist.gov/news-events/news/2026/05/caisi-signs-agreements-regarding-frontier-ai-national-security-testing

OpenAI. (2026, janvier). Horizon1000 : Déploiement de l’IA dans les systèmes de santé africains. OpenAI Newsroom. https://openai.com/blog/horizon1000

Politico. (2026, 5 mai). White House mulls tight new controls on advanced AI. Politico. https://www.politico.com/news/2026/05/05/white-house-mulls-tight-new-controls-on-advanced-ai-00907468

Politico. (2026, 21 mai). White House postpones AI executive order signing. Politico. https://www.politico.com/news/2026/05/21/white-house-postpones-ai-executive-order-signing-00931904

Reuters. (2026, 21 janvier). Gates, OpenAI team up on AI health push in African countries. Reuters. https://www.reuters.com

Reuters. (2026, 14 mai). Anthropic, Gates Foundation launch $200 million partnership on AI, health, education. Reuters. https://www.reuters.com

Schwab, T. (2020, 21 août). Journalism's Gates keepers: Eight things to know about Bill Gates' media funding. Columbia Journalism Review. https://www.cjr.org/criticism/gates-foundation-journalism-funding.php

Turrettini, E. (2026, 5 mai). Trump et la régulation de l’IA : la grande volte-face. LinkedIn. https://www.linkedin.com/pulse/trump-et-la-r%C3%A9gulation-de-lia-grande-volte-face-emily-turrettini-1w9xe/

Turrettini, E. (2026, 6 mai). Le gouvernement américain va tester les IA les plus puissantes avant leur lancement. LinkedIn. https://www.linkedin.com/pulse/le-gouvernement-am%C3%A9ricain-va-tester-les-ia-plus-avant-turrettini-ebwsc/

Turrettini, E. (2026, 14 mai). Anthropic s’allie à la Fondation Gates pour une IA au service du bien commun. LinkedIn. https://www.linkedin.com/in/emilyturrettini/

Turrettini, E. (2026, 14 mai). Anthropic s’allie à Wall Street pour accélérer l’adoption de l’IA en entreprise. Bilan. https://www.bilan.ch/story/anthropic-1-5-milliard-de-dollars-pour-deployer-claude-en-entreprise-710369480444

Turrettini, E. (2026, 18 mai). Grok à la traîne : xAI loue ses serveurs à Anthropic. LinkedIn. https://www.linkedin.com/pulse/grok-%C3%A0-la-tra%C3%AEne-xai-loue-ses-serveurs-anthropic-emily-turrettini-pq2me/

Turrettini, E. (2026, 21 mai). Trump renonce à encadrer l’IA à la dernière minute. LinkedIn. https://www.linkedin.com/pulse/trump-renonce-%C3%A0-encadrer-lia-la-derni%C3%A8re-minute-emily-turrettini-3mpae/

Viniacourt, E. (2026, 26 avril). Plongée dans les coulisses sans merci du procès du siècle entre Elon Musk et Sam Altman, entre kétamine, journal intime et coups bas. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/plongee-dans-les-coulisses-sans-merci-du-proces-du-siecle-entre-elon-musk-et-sam-altman-entre-ketamine-journal-intime-et-coups-bas-20260426_4CN75PNB7JHMVMMEMRUC3PE4ZE/

Viniacourt, E. (2026, 28 avril). Elon Musk est une ordure cupide, raciste et homophobe : au grand procès de l’IA, la délicate quête d’un jury impartial. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/elon-musk-est-une-ordure-cupide-raciste-et-homophobe-au-grand-proces-de-lia-la-delicate-quete-dun-jury-impartial-20260428_AQDEP64HNVCM7HLI6J465NZONA/

Viniacourt, E. (2026, 29 avril). Sauveur de l’humanité, lanceur d’alerte, success story : au grand procès de l’IA, Elon Musk se raconte en héros. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/sauveur-de-lhumanite-lanceur-dalerte-success-story-au-grand-proces-de-lia-elon-musk-se-raconte-en-heros-20260429_D26X7ESPAJCUNOWNZQ2ERLOBRY/

Viniacourt, E. (2026, 30 avril). C’est moi qui pose les questions, Monsieur Musk : insolence et perte de sang-froid au grand procès de l’IA. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/cest-moi-qui-pose-les-questions-monsieur-musk-insolence-et-perte-de-sang-froid-au-grand-proces-de-lia-20260430_CZDAYA62MBHNDFJIB3F55AAZDY/

Viniacourt, E. (2026, 1er mai). Ce n’est pas un procès sur les risques de l’IA : entre les deux patrons, une banale histoire de gros sous ? Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/ce-nest-pas-un-proces-sur-les-risques-de-lia-musk-vs-altman-une-banale-histoire-de-gros-sous-20260501_EN2UUEW52FDTLOVDK7PJTALBME/

Viniacourt, E. (2026, 5 mai). Au grand procès de l’IA, le journal intime de Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, fait les affaires d’Elon Musk. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/au-grand-proces-de-lia-le-journal-intime-de-greg-brockman-cofondateur-dopenai-fait-les-affaires-delon-musk-20260505_LQR3CVE23NEIBBZMPNM6EJYTBM/

Viniacourt, E. (2026, 6 mai). J’ai cru qu’Elon Musk allait me frapper : le procès de l’IA plonge dans ces six mois où l’histoire d’OpenAI a basculé. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/jai-cru-quelon-musk-allait-me-frapper-le-proces-de-lia-plonge-dans-ces-six-mois-ou-lhistoire-dopenai-a-bascule-20260506_FY2AHVZOUZCSTBYMBGQVFEVJLE/

Viniacourt, E. (2026, 7 mai). Mère de quatre enfants d’Elon Musk et amie de Sam Altman : au procès de l’IA, l’énigmatique double jeu de Shivon Zilis. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/mere-de-quatre-enfants-delon-musk-et-amie-de-sam-altman-au-proces-de-lia-lenigmatique-double-jeu-de-shivon-zilis-20260507_CHXSEOOCM5EIFCZ67KL4HEURCY/

Viniacourt, E. (2026, 8 mai). Une culture du mensonge et de la tromperie : au procès de l’IA, au tour de Sam Altman d’en prendre pour son grade. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/une-culture-du-mensonge-et-de-la-tromperie-au-proces-de-lia-au-tour-de-sam-altman-den-prendre-pour-son-grade-20260508_C5NHSQ24NNACTKSH6IG4I2VNOA/

Viniacourt, E. (2026, 12 mai). J’y tenais vraiment : au procès de l’IA, les tourments d’Ilya Sutskever, cofondateur déçu d’OpenAI. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/jy-tenais-vraiment-au-proces-de-lia-les-tourments-dilya-sutskever-cofondateur-decu-dopenai-20260512_B6W3AR2ZBVCKFM4HGHETVTT6CA/

Viniacourt, E. (2026, 13 mai). Vous faisiez une fixette sur le poste de PDG ? : au procès de l’IA, Sam Altman chahuté par l’avocat d’Elon Musk. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/vous-faisiez-une-fixette-sur-le-poste-de-pdg-au-proces-de-lia-sam-altman-chahute-par-lavocat-delon-musk-20260513_PZ4X7UM36FFSRE7YDKHB5GENCQ/

Viniacourt, E. (2026, 14 mai). Jackass trophy : au procès de l’IA, l’insolite histoire du trophée décerné pour moquer Elon Musk. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/jackass-trophy-au-proces-de-lia-linsolite-histoire-du-trophee-decerne-pour-moquer-elon-musk-20260514_7L4OZ6GAF5H4JK4MZ3BEMIS5UA/

Viniacourt, E. (2026, 15 mai). C’est tout ce que Musk fait : crier : aux plaidoiries du procès de l’IA, deux versions, pas de vérité et un avenir qui s’annonce flou. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/cest-tout-ce-que-musk-fait-crier-aux-plaidoiries-du-proces-de-lia-deux-versions-pas-de-verite-et-un-avenir-qui-sannonce-flou-20260515_T7GOO5GAGRB7JIM4CHQEU5AYQQ/

Viniacourt, E. (2026, 19 mai). Ici, tout le monde craint : au procès des patrons de l’IA, un verdict sans vainqueur. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/ici-tout-le-monde-craint-au-proces-des-patrons-de-lia-un-verdict-sans-vainqueur-20260519_NNI2OJC6JNAXPNYIC67GDZGM6Y/

Viniacourt, E. (2026, 20 mai). Juge activiste d’Oakland : qui est Yvonne Gonzalez Rogers, cette magistrate de poigne incendiée par Elon Musk ? Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/juge-activiste-doakland-qui-est-yvonne-gonzalez-rogers-cette-magistrate-de-poigne-incendiee-par-elon-musk-20260520_2KVWJMWMCZEW5H5GL3SWVBQQUU/

Viniacourt, E. (2026, 21 mai). Ego trip, règlements de compte et trahison : retour sur l’absurde procès des deux patrons de l’IA. Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/ego-trip-reglements-de-compte-et-trahison-retour-sur-labsurde-proces-des-deux-patrons-de-lia-20260521_QO3VVG3AWVAZXCYSD5T4N5A6OA/

Wall Street Journal. (2026, 18 mai). Anthropic inks deal to use all of SpaceX Colossus 1 compute capacity. WSJ. https://www.wsj.com/tech/ai/anthropic-inks-deal-to-use-all-of-spacexs-colossus-1-compute-capacity-56a7e2a1

Washington Post. (2026, 11 mai). Trump shifts AI regulation from NIST to Commerce and Intelligence departments. The Washington Post. https://www.washingtonpost.com

World Health Organization. (2023). Programme budget portal : Top contributors. https://open.who.int/2022-23/contributors/contributor

Anne-Emmanuelle Lejeune

Anne-Emmanuelle Lejeune

Belge, enseignante de français depuis 1994 sur deux continents, autrice d'articles publiés depuis 2015. Une conviction : l'analyse est un acte politique. Ici, les mots servent la lucidité.

Tous les articles
Rubrique: Société

Plus dans Société

Voir tout
Lit défait aux draps blancs et oreillers à motifs graphiques noirs, dans une chambre claire.
/ Payant uniquement

L’OMBRE DE LA SIESTE

/

Plus de Anne-Emmanuelle Lejeune

Voir tout